sur les écrivains belges de langue française

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Charles De Coster (1827-1879)

La légende de Thyl Ulenspiegel de Charles De Coster

TA5621

Production: Archives et Musée de la Littérature - 1984 - Réalisation: Jean-Paul Lavaud - Durée: 32' - Couleur

La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et d'ailleurs (1867), ou "L'invitation à la lecture", tel est l'objectif premier du document vidéo réalisé par les Archives et Musée de la Littérature.

De nombreux extraits de l'oeuvre ont été choisis, de nombreuses pistes ont été tracées pour favoriser la naissance du désir et du plaisir de lire. Le texte de La légende..., n'est toutefois pas présenté simplement ici dans sa dimension esthétique et narrative. Il est mis en histoire. Le plaisir de lire passe aussi par le désir d'histoire. Comprendre la valeur sociale et historique d'un texte permet d'affiner l'intervention critique et créatrice qu'est l'acte de lecture. Il ne s'agit pas de diluer le texte dans la traditionnelle histoire littéraire.

Commentaire

    Ce document informatif, voire didactique, est caractérisé par la présence presque continue d'un commentaire off qui fonctionne comme énonciateur prédominant. Ensuite vient l'écrivain, à travers la lecture off d'extraits de son oeuvre.

    La trame narrative de ce document est construite à partir d'extraits du film russe de Alov et Naoumov Thyl Ulenspiegel (1977). D'autres éléments visuels sont ajoutés: des photos d'archives, des peintures mais également des images faisant référence à des époques plus récentes (photos de Lenine, de Walesa) et à nos problèmes linguistiques (panneaux publicitaires, sans doute bruxellois, en français et en néerlandais).

    Deux voix off dirigent le documentaire. Par leur alternance, elles donnent un rythme rapide et dynamique au film.

    Les extraits du film sont muets pendant que le commentaire se déroule ou pendant la lecture off d'extraits du livre. On peut s'interroger sur l'efficacité du procédé: le sens du film est malheureusement tronqué puisqu'il est muet. La présence d'images conçues pour être sonores distrait l'attention du spectateur du commentaire, alors qu'elles devraient l'illustrer.

Thyl Ulenspiegel, oeuvre belge

Les Anglais ont Robinson Crusoé, Gulliver, Hamlet. Les Espagnols ont Don Quichote et Don Juan. Les Allemands ont Faust. Les Belges ont Thyl Ulenspiegel et ils ne le savent guère.

Une première présentation de cette oeuvre, qui marque la naissance des Lettres belges, nous est donnée: oeuvre protéiforme qui tient du poème, de l'épopée, du roman d'aventures et du roman historique; oeuvre récupérée et assimilée de nombreuses fois: son personnage emblématique, Thyl Ulenspiegel, aura été, selon les besoins, marxiste, résistant, militant flamingant, révolutionnaire, franc-maçon ou chantre de la nation belge.

Le commentaire cite les auteurs qui ont contribué à la diffusion et à la reconnaissance tardive de cette oeuvre majeure: les animateurs du mouvement "La jeune Belgique" qui choisit De Coster comme référence, et ensuite des écrivains comme Romain Rolland, Émile Verhaeren, Camille Lemonnier ou Georges Eekhoud. Il cite le travail de Joseph Hanse qui a restitué le texte original, et celui de Jean-Marie Klinkenberg, Style et Archaïsme dans la légende d'Ulenspiegel de Charles De Coster.

Le contexte

Le film explique dans le détail à la fois le contexte historique de la genèse de l'oeuvre (l'affirmation d'indépendance flamande vis-à-vis de la France autour de 1860) et le contexte historique dans lequel De Coster situe son récit (la résistance des Pays-Bas à l'oppression espagnole au XVIème siècle).

De Coster reprend le personnage de Thyl Ulenspiegel à la tradition allemande. En se tournant vers le passé germanique et vers le nord plutôt que vers la France de Napoléon III, il obéit à un courant de l'époque. Ulenspiegel est d'ailleurs le titre d'une revue satirique et critique fondée par Félicien Rops et De Coster en 1856. En 1860, De Coster ose appuyer la cause flamande au moment où la Belgique est dominée par une bourgeoisie francophone. Le peuple flamand doit, selon de Coster, garder sa langue et son identité.

Puisqu'il nous faut deux langues, écrit le journaliste De Coster, adoptons-les toutes les deux, que l'une soit celle de notre gouvernement et de nos relations mais que l'autre soit celle de notre intérieur et de notre vie intime de peuple, mais ne transformons pas de mesquines différences de sons en barrières infranchissables.

Le commentaire précise que De Coster faisait confiance à un état belge unitaire. (Photos de panneaux de publicité dans les deux langues, en français et en néerlandais)

Les personnages et leur symbolisation

Le document présente une série d'interprétations symboliques des personnages du livre. Thyl représente l'esprit et la liberté; Claes le courage; Nele, le coeur. Les valeurs s'affrontent sans concession dans le contraste absolu du noir et du blanc. Le bien s'oppose au mal, le droit à l'injustice, la liberté à l'esclavage, la lumière à l'ombre. (...). Ulenspiegel et les siens sont personnages de lumière; ils sont contre l'oppresseur espagnol.

Le rire de Thyl est arme contre la sottise mais Thyl est bien plus qu'un héros de farce, il a avant tout le visage de la vengeance. Il assume à la fois vengeance personnelle et vengeance populaire. Le comique n'est là que pour souffler le tragique.

Lamme Goedzak est l'équivalent d'un Sancho Pança (dans Don Quichotte), il représente l'amour de la bonne chère, l'estomac du peuple des Flandres, c'est aussi le benêt, la rondeur.

Le genre épique

La légende d'Ulenspiegel appartient bien au genre épique, sans être vraiment conforme aux règles de l'épopée: personnages contrastés, scènes dotées d'une autonomie narrative et syntaxique, scansion de la narration, mots qui résonnent dans leur valeur archaïsante sont utilisés par de Coster. (...) Les quêtes s'entrelacent, les motifs se croisent et s'opposent, remarquable cohérence d'un texte carnavalesque.

Une épopée de la Liberté

Le personnage de Thyl Ulenspiegel est à l'image de son créateur: il se bat pour sa liberté et celle de son peuple. L'intérêt de De Coster n'est pas tant de prendre parti pour tel ou tel autre camp, mais de défendre des valeurs qu'il croit universelles: le progrès, la justice, la maîtrise des passions, la conquête de l'autonomie.

Le commentaire expose ce qui est, dans la tradition occulte, la clef de l'oeuvre. Il fait référence à la pensée maçonnique de De Coster, à son exhaltation romantique et à sa foi laïque dans l'homme.

Thyl Ulenspiegel

Réalisation: Alexandre Alov, Vladimir Naoumov - 1977. Avec Lembit Ulfsack, Natalia Belokhvostikova, Evgueni Leonov. Scénario: Alov et Naoumov. Prod: Mosfilm

VT3951  et  VF0650  VO RU st. FN - 300', Couleur

Élèves de l'Institut de cinéma de Moscou, Alov et Naoumov sont très marqués par le formalisme de la nouvelle vague soviétique des années 60. Ils versent dans l'académisme après qu'un de leurs films n'a pas reçu l'agrément des autorités. Mais en adaptant, en 1976, le roman de Charles De Coster qui retrace l'épopée d'un héros populaire, incarnation de la révolte de la Flandre contre l'occupation espagnole au XVI ème siècle, ils retrouvent un peu de leur verve et de leur légèreté. Le film est présenté en deux cassettes: 1. Les cendres de Claes. 2.Vive le gueux

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