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sur
les écrivains belges de langue française
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Camille
Lemonnier (1844-1913)
Lettre
à Camille Lemonnier
TA5871
Production:
Service des magazines culturels CPB - R.T.B.F. - En Toutes Lettres - 1994 - Réalisation:
Guy Lejeune -
Durée: 56' - Couleur
Romancier,
conteur et critique d'art, Camille Lemonnier naquit et mourut à Bruxelles
(1844-1913). Célébré comme écrivain naturaliste après le scandale de Un mâle
en 1881, il apparaît aujourd'hui comme l'incarnation de l'écrivain belge.
Passionné d'art et de peinture, il débute en littérature par des critiques de
salons. Toute sa vie durant, il s'intéressera à l'évolution de la peinture,
encourageant par ses écrits des artistes aussi divers que Hippolyte Boulanger,
Henri De Braekeleer, Emile Claus, Félicien Rops, Gustave Courbet, Jean-Baptiste
Madou ou Constantin Meunier, défendant l'art réaliste contre l'académisme. La
guerre de 1870 et le désastre de Sedan lui inspirent les textes inoubliables
Sedan ou Les Charniers (1871-1881).
Outre
l'intention de perpétuer le souvenir de la vie et de l'oeuvre de Camille
Lemonnier, ce document constitue un coup de chapeau à la sensibilité et à la
pertinence du critique d'art qu'il resta tout au long de son existence, coup de
chapeau aussi à la morale exigeante dont il fit preuve dans ses rapports avec
les institutions officielles de Belgique; coup de chapeau enfin à la fertilité
de l'époque, tant au niveau du renouvellement des conceptions artistiques que
de la richesse des idéaux véhiculés.
Commentaire
Ce
document de synthèse est construit chronologiquement. Les éléments
biographiques importants sont contextualisés et assortis de nombreuses références
à l'oeuvre littéraire. Les dates principales de la vie de Lemonnier
apparaissent en incrustation à l'écran. Le document est illustré par des
images fixes de natures variées: pages du moniteur, pages de journaux de l'époque,
photos d'archives, illustrations et tableaux.
L'émission
ne fait pas appel au commentaire off. Les informations biographiques sont
introduites, en son direct, principalement par Raymond Trousson et Paul Aron.
Elles sont accompagnées de lectures d'extraits de textes dans lesquels
Lemonnier parle de son oeuvre.
Des
séquences fictionnelles rendent l'émission plus attrayante. Un comédien
interprète le rôle d'un lecteur actuel, qui cherche à communiquer avec
Lemonnier. Le contact entre le passé et le présent est établi dans la séquence
introductive, lorsque notre lecteur adresse une lettre à Lemonnier. La présence
régulière du comédien au cours de l'émission, lisant des extraits de
textes, maintient la relation entre le réel qu'il représente et l'écrivain.
La clôture est accomplie à la fin de l'émission, au moment où le lecteur
remet sa lettre à Lemonnier en la déposant sur sa tombe.
On
remarquera aussi quelques plans relativement brefs dans lesquels la mort, armée
d'une faux, apparaît et illustre la chanson Kling Klang, écrite par
Lemonnier. On notera le choix d'images actuelles pour "visualiser"
des événements analogues de l'époque de Lemonnier, ainsi la destruction des
vieux quartiers de Bruxelles.
Outre
la participation de Raymond Trousson
et de Paul Aron,
l'émission contient des interviews de Paul
Delsemme, Pierre Baudson, Jacques Detemmerman,
Brita Velghe et
Philippe Muret.
Les
débuts de l'écrivain
Cette
séquence débute par une revue de presse rapportant quelques événements de
l'année 1844, année de la naissance de Camille Lemonnier à Ixelles. Issu
d'une famille bourgeoise d'ascendance flamande et aisée, il entreprend une
candidature en Philosophie et Lettres, préparatoire au Droit. Mais peu intéressé,
il quitte l'université. Son père le place alors dans un Ministère qu'il
quitte rapidement. La passion de l'écriture le tient et il s'y lance à corps
perdu.
Il
fonde trois grands journaux: L'Art universel, L'Actualité et L'Artiste. C'est
pour lui une façon de s'inscrire dans le champ artistique et littéraire de son
temps, mais aussi de gagner sa vie. En 1863, à 19 ans, il fonde le Salon de
Bruxelles qui l'affirme comme critique d'art, activité qu'il mènera jusqu'à
la fin de sa vie. Auteur d'une abondante production, Lemonnier devient le
premier écrivain de profession en Belgique.
Paul
Aron souligne que Lemonnier, avant d'être écrivain, est aussi un peintre (en
1908, une exposition intitulée "Le salon des écrivains-peintres"
comprend une vingtaine de ses dessins).
Les
événements de 1870 - la guerre et son cortège d'horreurs - entraînent une
prise de conscience. Lemonnier affirme le devoir de l'écrivain de témoigner en
toute liberté: témoindont rien ne peut limiter la sincérité et la vérité
(le pamphlet Sedan paru en 1871, et LesCharniers en 1881).
Le
naturalisme de Un mâle
Un
mâle fait scandale en 1881. Raymond Trousson définit la spécificité de ce
livre, véritable explosion naturaliste, qui contient la plupart des thèmes du
naturalisme: le retour à l'instinct, l'influence du milieu, le conditionnement
par l'hérédité, un certain nombre de scènes brutales, des amours presque
animales, mais qui s'en écarte aussi par son lyrisme romantique.
Paul
Aron explique le sens de la dédicace de Un mâle à Barbey d'Aurevilly, mélange
de réalisme et d'idéal, qui est tout sauf une adhésion au naturalisme. Elle
illustre la voie moyenne choisie par Lemonnier, qui s'explique en partie par les
deux soutiens que Lemonnier reçoit, celui des écrivains naturalistes, comme
Huysmans, et celui des écrivains plus régionalistes, comme Léon Cladel, plutôt
méfiant à l'égard de Zola.
Le
livre obéit peu aux canons du naturalisme: c'est un livre dans lequel le déterminisme
du milieu joue relativement peu et dans lequel le grand morceau de bravoure est
une description lyrique de la nature, plutôt qu'une description d'un milieu
social, de manière scientifique comme Zola pouvait le faire (Paul Aron).
Dans
la suite de l'émission, Raymond Trousson reviendra sur cet aspect du
naturalisme de Lemonnier. Avec Happe-chair (1886), Lemonnier évoluera vers un
naturisme panthéiste d'inspiration rousseauiste: la nature humaine est bonne.
La
Jeune Belgique et l'Art moderne
En
1880, deux revues apparaissent: La Jeune Belgique et L'Art moderne (fondée par
Edmond Picard). Au départ, alliées dans le combat pour la littérature moderne
et dans la lutte contre l'académisme, elles se divisent ensuite: La Jeune
Belgique défend l'art pour l'art et L'Art moderne l'engagement social de l'écrivain.
Paul
Delsemme attribue une double signification à la devise de La Jeune Belgique,
"Soyons nous": l'écrivain doit manifester sa version personnelle des
choses, mais il doit également prendre ses distances avec le grand voisin français,
car, à cette époque, on est très patriote en Belgique; alors on prend grand
plaisir à exprimer son identité belge.
"Le
maréchal des lettres belges"
En
1883, Lemonnier devait recevoir le prix quinquennal de littérature mais, en
raison du scandale de UnMâle, les pouvoirs officiels et académiques préfèrent
ne pas attribuer de prix plutôt que de le donner à Lemonnier. En signe de
protestation, les jeunes écrivains se réunissent à l'occasion d'un banquet
pour protester. Parmi eux, Georges Rodenbach lui décerne le titre de "Maréchal
des lettres belges": Lemonnier devient ainsi le chef de file des jeunes écrivains.
Les
procès
Lemonnier
sera poursuivi par la justice à trois reprises: en 1888, pour L'enfant du
crapaud; en 1893 à Bruxelles, pour L'homme qui tue les femmes; en 1900 (en même
temps que Georges Eekhoud), pour L'homme en amour.
Paul
Aron voit deux raisons à ces procès: beaucoup d'auteurs sont contraints d'écrire
dans l'ombre de Zola qui les écrase et ils renforcent donc l'aspect scandaleux
du naturalisme, faisant ainsi de la provocation. Ensuite, on n'ose pas
s'attaquer directement à Zola, on s'attaque donc à ses épigones.
La
peinture et la critique d'art
Pierre
Baudson considère que son histoire de l'art belge (Cinquante ans de liberté,
Tome III, Histoire des beaux-arts en Belgique, rédigé, au moins partiellement,
par Lemonnier, 1881) et L'école belge de peinture (1906) sont davantage des témoignages
que de l'Histoire, car Lemonnier parle surtout de peintres qu'il a connus
personnellement. Il rappelle le mot d'ordre que Lemonnier lançait aux peintres:
soyez les témoins de votre temps.
Pour
Paul Aron, la critique d'art de Lemonnier a connu deux périodes. Il se sert
d'abord de la critique d'art à des fins stratégiques, pour se faire connaître.
Ensuite il écrira pour ses amis; parmi eux, Félicien Rops et Constantin
Meunier.
Le
style et le destin de l'oeuvre
Raymond
Trousson explique les difficultés à lire Lemonnier aujourd'hui par la nécessaire
sélection opérée dans l'abondante production de l'écrivain (70 volumes) et
le vieillissement de son style - qui ne frappe pas seulement Lemonnier mais tous
les écrivains de son époque - "le macaque flamboyant", surchargé de
néologismes ou de termes rares et à propos duquel Albert Giraud a pu dire que
Lemonnier était un dictionnaire en rut.
Paul
Delsemme commente quelques exemples de ce style: des mots comme culières,
canapsa, tumultua (de tumultuer), pétase, écarquait, et la phrase Il se détergea
les plantaires au long de ses braies (il essuya ses pieds aux jambes de son
pantalon).
Pour
conclure, Paul Aron estime que Lemonnier n'est pas un écrivain illisible, mais
que son écriture est à rapprocher de l'art nouveau que l'on redécouvre
aujourd'hui.
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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