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Constant Malva 1903 - 1969 L'oeuvre en noir ou "Il était une fois, dans les années 30, un mineur écrivain, Constant Malva..." TU0899 Non libre de droits actuellement Production: R.T.B.F. En Toutes Lettres - 1995 - Réalisation: Guy Lejeune - Scénario et entretiens: Marianne Sluszny - Durée: 52' - Couleur Au-delà du portrait d'un homme dont la vie a oscillé entre le pic et la plume (il a été mineur de 1919 à 1940 et a écrit de nombreux livres sur la vie dans la mine), ce document est aussi l'évocation d'une époque et celle des mouvements politiques auxquels Malva a adhéré (parti communiste, trotskisme, daugisme, demanisme, ensuite la littérature prolétarienne, le théâtre rouge et le surréalisme). Comment Malva a brûlé son existence à circuler douloureusement entre sa classe sociale et la classe littéraire, telle est la question que cette émission cherche à élucider. Commentaire Parcours chronologique de la vie de Constant Malva, raconté par différents intervenants. Entre leurs témoignages, le comédien Jean-Paul Dermont (parfois en "situation": costume de mineur par exemple) lit des textes de Malva en relation avec ce qui vient d'être dit. Des enregistrements sonores de la voix de l'écrivain, illustrés de photos d'archives, complètent ces informations. Malva y exprime surtout sa conception de la littérature. Participation: Jean-Pierre Canon, libraire, Edmond Bourlard, le frère de Constant Malva, Jacques Cordier, historien, Richard Kalisz, directeur de la Fondation Jacques Gueux, Jean Puissant, enseignant à l'U.L.B., Paul Aron, chercheur à l'U.L.B, Daniel Blampain, professeur de linguistique française, Arthur Haulot, écrivain. L'émission propose un extrait du film Misère au Borinage d'Henri Storck et Joris Ivens (ce film est disponible à la Médiathèque) et de l'émission "Inédits". Constant Malva (de son vrai nom Alphonse Bourlard, le pseudonyme ayant été choisi parce que pour Malva, "tout va constamment mal") est né à Quaregnon (Borinage) en 1903 dans une famille d'ouvriers mineurs. En 1911, sa famille part chercher du travail dans le nord de la France, et dès 1914, ce sera l'exode dans plusieurs villes françaises. Malva n'aura jamais son diplôme d'école primaire. Seule embellie dans cette période sombre, un instituteur le prend en amitié et lui fait cadeau d'une grammaire; il la gardera jusqu'à sa mort. En 1919 il devient mineur de fond. (Lecture d'un texte de Malva sur des images extraites du film Misère au Borinage) Richard Kalisz décrit le monde à part des mineurs de fond et son organisation sociale. Des mythes se développent autour de la figure du mineur: le mineur va chercher le feu (mythe prométhéen), il apporte la lumière et agit pour la transformation du monde (mythe socialiste). Mais la crise des années 30 frappe le Borinage de plein fouet. Sur le plan politique, Malva épouse, dans les années 20, les vues du Parti communiste puis évolue vers le trotskisme. Il quitte le parti en 1927 à la suite de l'exclusion de Charles Plisnier et de quelques autres intellectuels trotskistes. Il milite ensuite à l'Action socialiste révolutionnaire de Walter Dauge et de Paul-Henri Spaak. (Jacques Cordier) (Lecture d'un texte dans lequel Malva décrit son engagement: Je m'en prends à tout le monde, les patrons, les dirigeants politiques et syndicaux, même aux ouvriers, je deviens la bête noire.) Jacques Cordier explique que la conscience de son écriture et la volonté d'écrire se développent à partir de 1928, au moment où son travail à la mine devient très irrégulier, ce qui est attesté dans son livret-ouvrier (livret qui reprenait toutes les prestations d'un mineur). Les premiers textes concernent sa vie professionnelle et le premier, les chevaux de la mine. Histoire de ma mère et de mon oncle Fernand est publié en 1932, grâce à Henri Barbusse et Henry Poulaille, deux écrivains français prolétariens. Malva avait d'abord écrit à Romain Rolland, lequel avait envoyé le manuscrit à Poulaille. Paul Aron, auteur de l'essai La littérature prolétarienne (Ed. Labor, Un livre, une oeuvre), analyse le contexte triple, international et politique, français et belge qui permet à Malva d'émerger. L'idée d'une littérature prolétarienne venant de l'Union soviétique est défendue, de façon non officielle, par l'Internationale. Sous l'effet de cette "Internationale littéraire", les revues françaises Monde et Clarté de Henri Barbusse vont prôner la littérature prolétarienne comme nouveau type de littérature. Augustin Habaru, le rédacteur en chef belge de Monde amène avec lui tous les écrivains belges prolétariens: Malva, et les théoriciens bruxellois, Albert Ayguesparse, Francis André et Pierre Hubermont. Mais une hésitation, que souligne Daniel Blampain, s'installe très rapidement: faut-il accorder de l'importance à ceux qui, issus du prolétariat, écrivent ou accorder de l'importance tout simplement à l'engagement pour le prolétariat? Malva est pris en tenaille dès le départ. Histoire de ma Mère et de mon oncle Fernand, est précédée d'une préface dans laquelle Poulaille recherche l'authenticité prolétarienne de Malva. En 1934, à la suite de la création par Henri De Man, du Plan du travail, programme de réformes économiques et sociales du Parti ouvrier belge, Malva écrit des textes de propagande pour promouvoir la politique du Plan. Toujours en 1934, Malva rejoint le groupe surréaliste hennuyer "Rupture" (Achille Chavée, dans un document d'archives, rappelle le lien de Malva au groupe). Daniel Blampain observe que Malva est seulement une caution sociale pour le groupe: Malva croit qu'il est accueilli pour ses mots mais en réalité il est accueilli pour ce qu'il est: un mineur. Il cite cette parole de Fernand Dumont adressée à Malva: J'aime ces textes que vous m'envoyez, écrits avec un morceau de charbon. Le style de Malva, tel que l'appréhende Daniel Blampain, se cherche dès le départ, avec Histoire de ma mère et de mon oncle Fernand: style de râle, de souffle court, de batteur de phrases. Mais, dès qu'il se prendra au sérieux et croira en son engagement littéraire, ce style deviendra un peu ampoulé, emprunté. L'intérêt de Malva réside, selon Paul Aron, dans le genre qu'il pratique et qu'il invente. Les écrivains prolétariens écrivent sur eux-mêmes et sur des vies qui sont inintéressantes sur le plan du roman, ils doivent donc inventer un genre qui met l'inintérêt au centre du livre. Malva résout le problème de manière brillante au moyen du journal qui est un faux journal dans la mesure où il est destiné à la publication. Malva écrit la vie routinière et répétitive des mineurs, entre la catastrophe collective et la lutte sociale, selon la formule de Kalisz. C'est le sens du titre Ma Nuit au jour le jour. Daniel Blampain revient sur la position sociologique de Malva: La position sociale de l'écrivain est déterminante pour l'ascension au sein du système littéraire. On peut dire que Malva, écrivain de la mine a été considéré comme écrivain mineur. (...) Dans les jeux de positions sociales, l'institution défavorise l'ouvrier, et en tant que tel il est condamné à parler de ce qu'il connaît, c'est-à-dire de la mine, il est condamné à une thématique et ne peut accéder à ce que la littérature recherche, la remise en cause de son esthétique, de sa communication par le style. Malva était en deçà de cette exigence. La fin des années 30 est l'ère des désillusions pour Malva, il doute de tout, de son talent, des bonnes intentions de ses amis, de l'honnêteté des institutions culturelles. Dans la foulée, il ne croit plus que la révolution soit possible et pour se démarquer, figure de la haine de soi, il critique durement ses frères, les ouvriers. Le 10 mai 1940, les Allemands envahissent la Belgique. Le 28 mai, Henri De Man, président du POB, dissout le Parti, rallie l'ordre nouveau et crée un syndicat unique, l'UTMI (Union des Travailleurs Manuels et Intellectuels). Malva, qui a quitté la mine en février 40, se trouve alors avec sa femme et ses deux filles dans une misère noire. Il est, nous dit Yves Vasseur, sans jeu de mot dans le trou. Acculé, il accepte un poste de concierge dans une des sections locales de ce syndicat à la solde de l'occupant. C'est le début du dossier "collaboration" de Constant Malva. Aron décrit le contexte général dans lequel les écrivains prolétariens (Nisolle, Hubermont, André) ont été amenés à avoir des attitudes qui vont de la sympathie à la collaboration active avec l'occupant: Principalement, parce qu'ils étaient exclus des autres milieux de l'avant-guerre; ce sont des gens de gauche en rupture avec les partis de gauche, et d'un autre côté ce sont des gens qui n'exercent pas un métier qui les stabilise dans le monde culturel. Aucun d'eux ne se voit véritablement reconnu comme écrivain. Jean Puissant poursuit dans ce sens: c'est la marginalisation de ces hommes qui les a poussés à chercher une reconnaissance dans la collaboration. Richard Kalisz compare cette situation à celle de notre époque, en manque de sens, où des gens, aigris, cherchent des réponses dans les idées de l'extrême droite. Après la guerre, Malva se sent mis de côté. Il réussit malgré tout à faire publier Ma nuit au jour le jour. Le reste est sans grand intérêt. Il retrouve pourtant, une dernière fois, toute sa force littéraire dans un texte, sublime au yeux d'Yves Vasseur, La passion Marguerite. Il meurt en 1969 des suites de la silicose. A partir de 1976, toute l'oeuvre de Malva va être republiée, mais on s'intéresse surtout à Malva en tant qu'agent historique d'une époque de crise qui, à certains égards, ressemble à la nôtre. Malva a incontestablement marqué la littérature prolétarienne. La Belgique a été une véritable terre d'expérience pour la littérature prolétarienne et probablement le seul lieu de littérature de langue française où la littérature prolétarienne ait trouvé des animateurs et des auteurs reconnus. C'est ce qui mérite d'être redécouvert selon Paul Aron. Liens avec d'autres documents Jean Louvet: Au nom du père - R.T.B.F. 1992 - TA6131 et Regarde Jonathan, Jean Louvet, son oeuvre... son oeuvre, Jean Louvet de Luc et Jean-Pierre Dardenne - Dérives - 1982 - TA8001 Surréalisme en Hainaut - Archives et Musée de la Littérature - 1984 - TC7831 |
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