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Marcel Mariën 1920-1993 Marcel Mariën - la liberté, mode d'emploi TA6471 - Non disponible pour le prêt Production: R.T.B.F. - En Toutes Lettres - 1993 - Réalisation: Jean-Marie Deconinck - Scénario de Jean-Marie Mersch - Durée: 55' - Couleur Marcel Mariën, grand touche-à-tout du surréalisme belge, révolté, sarcastique, poète subversif, ami intime et complice de René Magritte. Ce portrait télévisuel de Mariën considère d'abord trois sujets: la conception négative qu'il avait de l'art, son rejet du communisme et sa fidélité au surréalisme. Mariën revient plusieurs fois dans l'émission sur une leçon qu'on peut tirer de la peinture de Magritte, une leçon universelle applicable à tous les domaines de l'esprit (l'engagement politique, la religion, etc.): il ne faut pas confondre le signe et l'objet, la représentation et la chose. L'écrivain parle ensuite de son film scandale L'imitation du cinéma (1959) et de son livre de souvenirs, Le radeau de la mémoire (1988). Dans une dernière partie, plus intime, il nous livre quelques réflexions sur son éthique de la désobéissance, sur l'argent, le temps et le suicide, sur son besoin d'être seul et, enfin, sur son sentiment que tout ce que nous construisons est condamné à disparaître. Commentaire Ce portrait est introduit et émaillé d'aphorismes de Mariën, lus par une comédienne (souvent nue) et un comédien (habillé et coiffé d'un chapeau melon). Le plus souvent, l'entretien dans lequel on voit d'abord l'écrivain, se poursuit en voix off et est alors illustré par ses oeuvres ou par celles des surréalistes. Mariën est aussi filmé alors qu'il se promène en rue avec son chien. Ces images représentent la vieillesse de manière conventionnelle. Quelques photos d'archives des surréalistes belges ont aussi été intégrées. Au début des séquences, le commentaire off indique et précise, de manière synthétique, les grandes étapes du parcours de Mariën. Il présente le surréalisme comme un mouvement relativement unifié, et Mariën comme un fidèle entre les fidèles. Passer le temps Tout ce que je fais, c'est pour passer le temps, ça n'a rien à voir avec l'art, ça n'a rien à voir avec la littérature. C'est une activité particulière un peu plus élaborée que celle des fourmis ou des araignées. Je ne pourrais pas imaginer, un seul instant, que ce que je fais est un travail. J'ai horreur du mot travail. L'art Je ne suis pas nécessairement contre l'art, mais je considère que l'art est une sorte d'accident. (...) L'art est une idée assez récente. Je ne crois pas que Michel-Ange, quand il peignait la chapelle Sixtine, se préoccupait de l'art. L'objet de l'art avait une autre raison. (...) C'était une chose faite dans le but d'agir sur le monde, sur la vie, sur les hommes, avec les moyens qu'on avait. Maintenant, l'art est devenu quelque chose de contemplatif, quelque chose qu'on regarde, qui a une certaine valeur, parce que ça coûte cher. Il y a des faussaires, des gens qui ont compris ce qui se passait. Depuis que Duchamp a déclaré qu'un porte-bouteilles était une valeur aussi grande que n'importe quel chef d'oeuvre de l'antiquité, il y a des tas de petits malins qui ont compris la leçon, et, comme le public est bête de toute façon, ça marche. Ce qu'il appelle des citations esthétiques sont des illustrations de sa conception négative de l'art. Mariën utilise les peintures des autres (Mondrian, Magritte) comme de simples matériaux, comme s'ils étaient des objets en soi, une Vénus de Milo découpée en couleurs de Mondrian, par exemple. Comme Magritte, il cherche à réaliser des choses simples et directes. Le marxisme Après avoir longtemps cru au marxisme, Mariën le rejette violemment. Il revient de Chine, en 1965, écoeuré par le communisme. Il nous en explique les raisons, en prenant pour exemple le tableau de Magritte Ceci n'est pas une pipe qu'il paraphrase: ceci n'est pas le communisme. Après des tonnes d'écriture, on n'a pas compris la valeur universelle (du tableau). La foi dans le marxisme était basée sur cette confusion entre la représentation et la réalité, entre le signe et la chose, entre le marxisme, qui est une littérature, et l'Union soviétique qui était une réalité. Le marxisme a une faille, il est parfait sur le plan théorique, mais le monde réel ne correspond pas à l'image que Marx avait donnée. Dans ses traductions de textes chinois, Mariën utilise cette confusion en l'amplifiant: il embellit, polit les textes de propagande (de Mao, par exemple, traduisant "guide bien aimé" par "guide adoré"). Le surréalisme Très jeune, Mariën s'engage corps et âme, et sans "esprit de retour", dans le surréalisme. Il prend malgré tout quelque peu ses distances avec les surréalistes belges du groupe de Bruxelles qui contestent le dogmatisme de Breton. Le groupe du Hainaut, autour dAchille Chavée, reste en revanche fidèle à Breton. Toutefois, il accorde que Bruxelles, La Louvière et Paris sont restés profondément d'accord sur l'engagement surréaliste, son esprit de révolte tous azimuts. Mariën s'explique ensuite sur l'utilisation d'images pornographiques dans ses collages: je ne fais pas de la pornographie, j'utilise les images pour obtenir des effets esthétiques. Mariën ajoute, pour répondre à une éventuelle objection, que l'esthétique en soi n'est pas condamnable, que c'est la systématisation de l'esthétique, l'art pour l'art qui l'est. Une des tendances fâcheuses de la perception des oeuvres d'art est qu'on ne les voit que comme un tout, sans en remarquer les détails ou les particularités. On ne voit pas que la pipe de Magritte n'est pas une vraie pipe. On ne voit pas que les couleurs des quatre as peints par Mariën ont été permutées (le coeur et le carreau sont noirs, le pique et le trèfle sont rouges). On n'a pas vu que les tableaux de la période "vache" de Magritte étaient, à dessein, de la mauvaise peinture. L'imitation du cinéma En 1959, Mariën produit et réalise, avec quelques amis, un moyen métrage L'imitation du cinéma. Le film est censuré mais projeté clandestinement en France. C'est pour Louis Denvers l'un des meilleurs films authentiquement surréalistes jamais réalisés. (Un extrait du film L'imitation du cinéma où l'on voit le jeune homme portant une croix ou roulant à vélo avec cette croix sur le dos) Mariën explique l'argument du film: un prêtre donne à lire L'imitation de Jésus Christ à un jeune homme. Celui-ci se met à la recherche d'une croix, en commande une à un menuisier, mais la croix a des défauts. Le jeune homme, désespéré, se suicide en ouvrant le gaz, les bras en croix. On trouve dans ce film la critique de la confusion du signe et de la chose qui opère, cette fois-ci, dans les convictions religieuses. Le radeau de la mémoire Un livre de souvenirs, Le radeau de la mémoire, paru d'abord en 1983, est complété et livré dans sa version définitive en 1988. Ce livre lui vaut deux procès, un perdu par son éditeur à Paris, l'autre gagné ensuite, à Bruxelles. Le procès des "faux tableaux et les faux billets" portait sur la vente, pendant l'occupation allemande, de faux Picasso, Ernst et Chirico confectionnés par Magritte, et de l'utilisation de faux billets de cent francs. Mariën insiste sur le caractère non surréaliste de ces activités frauduleuses, motivées simplement par le besoin de manger pour survivre. Lorsque Magritte commence à avoir du succès, Mariën lui reproche d'avoir perdu l'esprit surréaliste en peignant sur commande. Mariën réagit et publie un tract, qu'il prête à Magritte lui-même, et sur lequel on peut voir la reproduction d'un billet de cent francs, mais à l'effigie de Magritte. Le texte du tract propose une baisse des prix des oeuvres de Magritte. Ce tract provoquera une enquête de la brigade des faux-monnayeurs, et la réaction de Magritte sera embarrassée. S'il n'y a pas de vérité, sur quoi fonder l'éthique? Mariën hésite à parler de ce sujet, mais donne cependant un conseil: Il faut toujours désobéir; celui qui désobéit fait changer les choses. Mariën compare le bien et le mal qui sont asymétriques. Il parle de l'idée évolutive de la mort et du suicide, de son besoin d'être seul et enfin de l'absence de valeur de tout ce qu'on dit ou fait, l'absence de valeur de toute civilisation au regard du temps cosmique. Nous voyons à présent l'écrivain qui tente de représenter la moitié de l'éternité en faisant des photos...d'un sablier posé sur un miroir... Liens avec d'autres documents Les surréalistes belges: Autour de Correspondance - Vidéothèque de Bruxelles - 1992 - TA8511 Pour illustrer Magritte, R.T.B.F. - 1974 - TU0991. Mariën commente et analyse Le Pèlerin de Magritte. Il évoque la période "vache" du peintre. Marcel Mariën - R.T.B.F., Écritures - Réalisation Jean-Marie Deconinck - 18', Couleur - TC4881. Dans cette émission, réalisée en 1983 à l'occasion de la première sortie du Radeau de la Mémoire, Mariën explique davantage les caractéristiques du surréalisme (attitude d'esprit engagée dans le monde, poésie en action). Il y parle de son goût pour l'érotisme et lit un texte sur les prostituées. Il tente de se définir par le détachement plutôt que par le cynisme, par l'ennui plutôt que par le sentiment de l'absurdité de la vie, dont l'affirmation relève déjà du dogme. Le surréalisme s'est délivré du pourquoi pour ne plus s'intéresser qu'au comment. Pour Mariën, l'intérêt du surréalisme était de ne pas être coupé de la vie, comme les autres mouvements artistiques. Le surréalisme n'était pas une philosophie, un refuge ou une prison spirituelle séparée de la vie, mais une attitude d'esprit. Poésie en action, il devait être porté dans la rue, non comme une forme d'expression, mais comme une provocation à l'expression. ***** L'imitation du cinéma VI3970 - Non libre de droit actuellement Réalisation: Marcel Mariën 1959 - avec Tom Gutt, Ulysse Petiau, Madame X, Suzanne Bourgoignie - 40' - Noir et blanc En 1959, Mariën produit et réalise, avec quelques amis, un moyen métrage L'imitation du cinéma. Le film est censuré mais projeté clandestinement en France. C'est pour Louis Denvers l'un des meilleurs films authentiquement surréalistes jamais réalisés. L'argument du film: un prêtre donne à lire L'imitation de Jésus Christ à un jeune homme. Celui-ci se met à la recherche d'une croix, en commande une à un menuisier, mais la croix a des défauts. Le jeune homme, désespéré, se suicide en ouvrant le gaz, les bras en croix. On trouve dans ce film la critique de la confusion du signe et de la chose qui opère, cette fois-ci, dans les convictions religieuses. |
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