sur les écrivains belges de langue française

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Pierre Mertens (1939)

    Les deux documents présentés ici offrent une vision synthétique de l'ensemble de l'oeuvre. L'émission de l'Écran Savoir propose une grande division de l'oeuvre romanesque selon deux directions. Tous deux insistent sur les personnages romanesques de Mertens: êtres dédoublés oscillant entre l'ombre et la lumière. D'une émission à l'autre, on observe une grande unité dans les thèmes traités, sans doute en raison de la présence constante et de la personnalité de l'écrivain.

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Production: R.T.B.F. Écran Savoir - 1990 - Réalisation: Christian Raynaud - Scénario: René Michelems - Durée: 29' - Couleur

Un portrait de Pierre Mertens à travers ses livres, mais surtout à travers sa propre voix. Une étude qui se veut une incitation à découvrir cet écrivain majeur, considéré à l'heure actuelle comme la figure de proue des lettres belges francophones.

Pierre Mertens nourrit son écriture de l'expérience vécue de l'histoire de son temps. Dans toute son oeuvre, on retrouve cette fascination de l'événement politique ou social, cette imprégnation de la violence contemporaine que le romancier revendique comme une nécessité primordiale pour le narrateur.

Attentif aux vibrations de son époque, Pierre Mertens adresse un message de lucidité, de vigilance et d'espoir aux jeunes qui l'écoutent.

(Enseignement secondaire: français)

Commentaire

    La structure de cette émission à vocation pédagogique apparaît aisément. Les séquences sont le plus souvent introduites par un commentaire off qui expose le sujet de la séquence avant de laisser la parole à l'écrivain. Les questions posées à Pierre Mertens lors de l'interview initiale ont été conservées au montage, ce qui ajoute à la clarté de l'émission. Des lectures d'extraits des oeuvres commentées complètent les séquences.

    Le document est illustré d'affiches, de photos de l'écrivain, d'images de Beyrouth et des événements qui ont marqué l'auteur (la catastrophe de Marcinelle, le procès des époux Rosenberg). La couverture des livres commentés est montrée suffisamment longtemps pour en prendre note.

    Les premières images nous montrent la table de travail de l'écrivain, encombrée de papiers et de livres, et sur laquelle est posée une paire de lunettes. Un gros plan s'attarde sur celles-ci, au moment où la voix off évoque la "myopie" du lecteur.

    En guise d'introduction, le commentaire rapporte une phrase du Prix Nobel de littérature 1976, Saul Bellow:

      "On me reproche d'écrire des livres trop ardus. Il est vrai que je suis probablement par endroits difficile à lire, mais je le serai même de plus en plus au fur et à mesure que mon public deviendra plus illettré." (Saul Bellow)

De l'enfance à l'âge adulte

Né à Bruxelles le 9 octobre 1939, le jour où Hitler décida d'envahir la Belgique, les premières années de son enfance seront celles de l'occupation. Lycéen, il découvre Kafka (qui changea, pour la vie, mon rapport à la littérature) et, en 1953, le martyre des époux Rosenberg, victimes du maccarthysme; puis, dans son propre pays la tragédie de Marcinelle en 1956 et ses centaines d'immigrés victimes de la mine.

Son éveil social et politique le conduit tout naturellement vers des études de Droit, moins pour plaider que pour observer, entendre, témoigner: J'ai fait le Droit pour barouder sur le plan juridique.

Un destin de voyageur

Juriste spécialisé dans le droit international, il sera présent sur les points chauds du globe (le Proche-Orient, la Grèce des colonels, les champs de bataille israélo-arabes, Prague, le Tiers-Monde), combattant pour les Droits de l'homme, assistant aux procès de la honte, dénonçant le génocide au Biafra, la torture en Irlande, les prisons de Pinochet au Chili. Parallèlement à son activité juridique, il commence, dès 1969, à publier des romans et des nouvelles.

Mertens s'en explique: C'est l'homme de fiction qui pouvait le mieux accaparer cette réalité, même en la transformant, mais en faisant sentir l'esprit au-delà de la lettre.

L'oeuvre romanesque

On peut séparer son oeuvre en deux directions.

Au départ, la majorité des livres de Pierre Mertens repose sur ce qu'il appelle le ressassement de la mémoire: souvenirs d'enfance ou d'adolescence, vie sentimentale, expériences du juriste et de l'homme engagé. Même écrite à la troisième personne, l'oeuvre trouve sa substance dans le passé, vécu par l'écrivain mais aussi immergé tout entier dans l'Histoire, selon ses propres termes. On y retrouve cette fascination de l'événement politique ou social, cette imprégnation de la violence contemporaine que le romancier, fort loin de la notion de "tour d'ivoire", revendique comme une nécessité primordiale pour le narrateur. Vie privée, Histoire et fiction sont en totale symbiose dans ses ouvrages.

Ainsi Les bons offices (1974) mettent en scène un observateur international, dont le mariage se brise peu à peu, au rythme des engagements et des départs. Terre d'asile (1978) décrit la découverte de la Belgique par un exilé politique du Chili, face aux discours militants dérisoires de ses hôtes. Perdre (1984) montre un couple en péril, cherchant à prolonger ses connivences à travers des rituels érotiques rénovés.

Le titre d'un recueil de nouvelles, Terreurs (1984), est significatif à cet égard: la violence, pour Mertens, règne partout et la terreur peut être aussi bien celle d'un gosse dans le noir ou d'un adolescent mal dans sa vie que la peur de la torture, de l'échec conjugal ou de l'usure du temps.

 L'autre groupe d'ouvrages, comme Les Éblouissements (1987) ou Lettres clandestines (1990), monologue fictif du musicien Alban Berg, à l'orée de la mort, abandonne cette autobiographie transposée pour s'intéresser à des personnages réels mais extérieurs. Mertens entreprend, non de raconter leur vie, mais d'approcher leur réalité profonde. Car, pour lui, comme il le proclame notamment dans la postface aux Lettres clandestines, la biographie est un genre faux, épidermique, impossible parce qu'elle aboutit à une reconstruction bâtarde et logique d'un itinéraire dont l'essentiel reste dérobé.

 La chance du romancier, c'est son imagination, sa volonté aussi de ne pas juger ni défendre: juste une approche, une lucide extravagance, sans plaidoyer ni condamnation, et où le fictif recoupe le réel, sur fond d'Histoire là aussi.

Le thème majeur du dérapage

Qu'ils partent de l'expérience personnelle ou de la vie d'un autre, tous les ouvrages de Pierre Mertens jouent (et c'est son thème majeur) sur la notion de dérapage. Ce qui a dérapé dans le parcours d'une existence, ce qui a fait pivoter un être, ce qui l'a foudroyé sans que cela fût nécessairement visible (Jacques Cels).

 Les personnages de Mertens sont des gens en reconversion qui doivent s'inventer, selon ses termes une bonne stratégie de survie. Du héros des Bons offices au Gottfried Benn des Éblouissements, de l'adolescent de Lafête des anciens (1971) au Gilles de Rais de La passion de Gilles (1982) , c'est le même tissu conjonctif, la même remise en question à partir d'un incident, d'une tragédie, d'une faillite inattendue, d'une occasion ratée.

S'il s'intéresse au personnage historique de Gottfried Benn (dans Les Éblouissements, 1987), c'est non pour l'erreur commise par cet homme mais pour sa traversée de l'erreur et la guérison de son cancer de l'âme.

Le personnage que devient Benn dans le roman est aussi l'occasion pour Mertens de réfléchir au travail de l'écriture et à la fonction du romancier: On est un peu dévoré par son sujet, quand on est romancier, et puis on le dévore à son tour. C'est un prêté pour un rendu. Il y a un échange de bons procédés qui fait que, finalement, j'ai peut-être inventé un Benn plus vrai que vrai, plus vrai que nature. (...) Le romancier ne juge pas, ne plaide pas, ne requiert pas. C'est au lecteur de faire ce qu'il veut de son Benn.

Cette dislocation intérieure des personnages va souvent se traduire, chez Pierre Mertens, par une dislocation de la construction ou du style: d'où l'emploi fréquent d'une chronologie brisée, d'ellipses temporelles, d'entrecroisements fortuits, de détails éclairants et banals à la fois. A l'ambiguïté de la vérité correspond ainsi la fragmentation du récit. A l'idée d'une réalité parcellaire, non totalisable, correspond un refus du linéaire, du psychologique impeccablement mis en scène.

C'est un style qui désigne sans trêve l'impossible totalisation du corps, de l'être, du monde (Danielle Bajomée dans Pierre Mertens, L'arpenteur, textes, entretiens, études rassemblés par Danielle Bajomée, coll. Archives du Futur, Labor, 1989). D'où aussi son utilisation systématique du monologue souvent jusqu'au délirant, comme pour faire entendre les personnages dans leurs sincérités successives et contradictoires. Nulle volonté de brouiller gratuitement les pistes dans un tel choix structurel! Il suffit au lecteur ouvert de se laisser emporter par ces voix, ces chocs, ces détails, pour pénétrer dans l'univers verbal de l'écrivain. (Extraits de Terre d'asile et de LesÉblouissements)

L'opéra

En 1982, Mertens écrit un livret pour un opéra, mis en musique par Philippe Boesmans, La passion de Gilles,quiévoque le compagnon de Jeanne d'arc, Gilles de Rais. Pour l'écrivain, ce type de travail est une véritable rencontre avec un musicien au cours de laquelle il est obligé de se soumettre à la musique pour écrire ses dialogues. Cette contrainte explique la rupture avec son style habituel. (Lecture d'un extrait de Lettres clandestines)

La critique littéraire

Critique littéraire au Soir depuis 1971, il considère que, chez le créateur, il est un temps pour l'écriture et un temps, tout aussi essentiel pour le dialogue, les rendez-vous avec les autres. D'autant que la Belgique lui est toujours apparue comme le pays par excellence où l'artiste est un paria pour les pouvoirs dits culturels, ces illettrés arrogants, ces fossoyeurs de la culture qui font de notre triste patrie une morne région d'ignorants satisfaits et de rêveurs à semelles de plomb.

Pour Mertens, l'activité de critique littéraire est saine. Elle permet de relativiser et de prendre conscience que l'on appartient à une génération et qu'on est engagé dans un destin collectif: On est embarqué dans un rafiot, il est bon d'en connaître l'équipage. Il est essentiel de tendre la main aux autres écrivains par l'intermédiaire des livres. (Lecture d'un extrait de L'agent double, livre de critique littéraire, 1989)

Le message aux jeunes lecteurs

Le dialogue avec ce franc-tireur de nos lettres francophones s'achève sur des réflexions moins désabusées: aux jeunes qui l'écoutent, l'écrivain adresse un message de lucidité, de vigilance, d'espoir, en dépit des agressions de l'Histoire et de la violence institutionnalisée.

 Non, la littérature n'est pas un luxe inutile et le romancier à la Mertens reste ce sismographe attentif aux vibrations de l'époque pour qui tout abandon, toute résignation relève d'une vie atrophiée pire que la mort.

Au doute qui produit la résignation, Mertens oppose le doute fécond: On doit pouvoir reconsidérer même les convictions que l'on croyait les mieux fondées. Ne vous laissez jamais intimider si possible par autrui, ne vous laissez intimider éventuellement que par vous-même.

Nous remercions René Michelems qui nous a permis de consulter le dossier de la Télévision scolaire, aujourd'hui indisponible, et dont nous avons reproduit des extraits significatifs dans le commentaire qui précède.

Liens avec d'autres documents

Pierre Mertens, Pause-Café n° 1 - Production: Centre de production culturelle - 1994 - Réalisation: J. L. Montulet, G. Lefevre - Durée: 38', Couleur -TJ6931

Dans cet entretien, Pierre Mertens livre quelques réflexions sur les sujets qui lui sont proposés, mais sans volonté de faire une synthèse de sa pensée. Il parle du rôle des intellectuels, de leur impunité et de la bonne conscience de certains d'entre eux face à leurs erreurs. Il évoque son livre Les Éblouissements quitente de montrer que chacun de nous peut être ébloui, un moment dans sa vie, par des idéaux totalitaires.

Les droits de l'homme sont nécessaires mais ils doivent faire l'objet d'une analyse idéologique. Tous les droits de l'homme ne sont pas universels. Il faut pouvoir les départager. La liberté d'expression est universelle mais le droit à la propriété est un droit des démocraties libérales.

Il se révèle très critique vis-à-vis des médias. Ce que nous gagnons sur le plan de l'accès aux informations nous le perdons en possibilités de réflexion, dans la mesure où nous sommes assommés par des images non triées. Nous souffrons de malnutrition informative. Les médias ne rendent compte que de manière très tronquée des événements.Nous fabriquons des opinions sous forme d'un prêt à porter intellectuel.

Mertens attire l'attention sur la perversion de l'esprit qui consiste à épouser des causes terroristes, sous prétexte qu'elles sont une réaction à un terrorisme plus important, le terrorisme d'état. Mertens cite Sartre et ses sympathies pour la bande à Baader.

Quant à la Belgique, elle est un mauvais rêve qui, au réveil, vous empoisse encore (dit par un personnage imaginé par Mertens). La société belge est problématique, contradictoire mais est un véritable laboratoire de l'Europe. La Belgique synthétise les problèmes rencontrés par les autres pays européens. C'est l'ambivalence, l'ambiguïté de la Belgique qui me fascinent, me retiennent.

Mertens évoque Kafka, mort en 1927, mais qui avait tout prévu de ce qu'est devenu le totalitarisme au XXe siècle. Mertens réagit contre l'esprit de démission devant les faits qui caractérise la société actuelle, et selon lequel cela ne sert à rien de s'engager, ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan.

 Il parle ensuite de la situation des enseignants (en 1994): Les enseignants sont humiliés par les hommes politiques. Comment ne pas voir qu'il y a une corrélation évidente entre le mépris des gens qui enseignent aux enfants aujourd'hui dans ce pays avec la résurgence du néo-fascisme. A partir du moment où des professeurs n'ont pas le minimum vital et le respect de leur propre fonction, comment, dans ces conditions, voudriez-vous qu'ils restent des citoyens susceptibles d'éveiller l'intelligence des enfants qui dépendent d'eux?

Noms de Dieux: Pierre Mertens, Production: R.T.B.F., 02/04/95 - Réalisation: J. Dochamps - Présentation: Edmond Blattchen - Durée: 58', Couleur - TF5632

Dans cette émission à caractère philosophique, Pierre Mertens est présenté comme un témoin privilégié de notre société plutôt que comme un écrivain belge. La place et l'engagement de l'écrivain et de l'intellectuel dans la société, comment l'engagement nourrit l'oeuvre littéraire, l'importance du sacré pour un agnostique sont traités. Certains thèmes de l'oeuvre sont abordés, mais sans analyse. Les éléments biographiques retenus sont en rapport avec l'activité professionnelle ou l'engagement de l'écrivain.

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Pierre Mertens

TF 5632

Production : R.T.B.F. - Noms de Dieux - 02/04/1995 - Réalisation : Jacques Dochamps - Journaliste : Edmond Blattchen - Durée 58' - Couleur

L'Histoire et l'histoire se rejoignent parfois. C'est sous cette conjonction du général et du particulier que se place l'oeuvre de Pierre Mertens.

Un père journaliste et mélomane, une mère biologiste et pianiste vont orienter les trois passions de P. Mertens : la musique, la peinture, la littérature, sous les figures d'Alban Berg, Otto Dix, Gottfried Benn. Le basculement vers la carrière d'écrivain s'est fait, dit-il, en 20 minutes, en lisant Kafka.

Commentaire

Le propos général de Noms de Dieux est énoncé dans une citation d'André Malraux : Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les dieux. Le présentateur, Edmond Blattchen, s'entretient avec une figure intellectuelle importante de notre époque : philosophe, écrivain, scientifique, chef religieux, homme politique.

L'émission est réalisée en studio dans un décor sobre, voire austère, et se déroule toujours selon le même schéma formel en cinq parties : le titre, l'image, la phrase, le symbole et le pari. Des intertitres accompagnés par l'exécution du même thème musical accentuent ce côté formel.

L'éclairage dirigé sur les interlocuteurs et la couleur vert-bleu dominante du décor ne permettent pas la dispersion du regard du spectateur. Les interlocuteurs sont filmés en plan fixe rapproché. Une troisième caméra, disposée perpendiculairement à l'axe formé par les deux interlocuteurs, montre, en légère plongée, l'ensemble du dispositif de plateau. Elle rappelle que nous sommes dans un contexte de communication médiatique - la présence de projecteur qui s'allument progressivement, en est un élément - et souligne aussi le caractère intime et spirituel de l'entretien en montrant le présentateur et son invité face à face, mais proches dans un espace plus vaste.

Le présentateur rappelle le parcours intellectuel de l'invité et la raison de sa présence. L'invité se prête à ce qui ressemble à un rituel et choisit, pour chacune des cinq parties, un objet symbolique qui représente un aspect de sa pensée.

La disparition du grand régulateur (c'est donc la faute à Dieu) impose de concevoir le salut par nous-mêmes : Tout homme peut être le seigneur de sa propre vie ou son esclave. Mais, pour dire l'horreur, il n'y a rien de mieux que le roman.

I. Le titre

Mertens opte pour la graphie " Non(s) de Dieu ". Homme de positivité, il lui faut surmonter le non qui est en lui ; ce non, c'est ce qui me rend libre. Le non ne peut qu'être au pluriel, car une négation en comporte d'autres. Dieu existe pourtant comme concept, idée, objet d'un dialogue, d'une perplexité. D'autre part, l'écrivain regrette de ne pas avoir connu une atmosphère de sacré durant son enfance.

II. L'image

Il s'agit d'une photo de la mort d'Omeyra Arnero, la jeune fille prisonnière de l'eau suite à un glissement de terrain en Amérique du Sud. Femme et enfant, elle représente les dépossédés n°1. La médiatisation forcenée autour de sa situation tragique contrastait avec l'impuissance à la sauver, ironie emblématique de l'époque. Nous étions tous présents sans intervenir : nous sommes plutôt des voyeurs abjects que des intervenants paladins.

À la question Omeyra est-elle au paradis ?, Pierre Mertens répond : J'espère pour elle. Je ne me vois pas vous dire non. Au nom de quoi ? Cette fois-ci, c'est un non que je ne proférerai pas. Parce qu'il y a peut-être un paradis pour les Omeyra. Omeyra s'en faisait peut-être une idée et ce serait la moindre des choses qu'elle s'y retrouve.

III. La phrase

Ne pas désespérer, même de ce que tu ne désespères pas, voilà exactement ce qui s'appelle Vivre. (Franz Kafka)

Cette phrase retourne le sens du mot désespoir ; il en devient positif, une force de réaction offensive. C'est pourquoi Mertens n'aime pas les cyniques, qu'ils soient hard, proches de la vulgarité, ou soft, images alors de la bonne conscience de ceux qui effacent les aspérités du réel et versent dans l'angélisme et l'égoïsme. Préférables sont les hommes de terrain, car on ne va jamais sur le terrain impunément.

IV. Le symbole

Il s'agit d'un crucifix construit dans une bouteille, un objet reçu de son grand-père qui le tient d'un marinier.

Ce symbole décline plusieurs sens. Il indique que tout est possible : avec des si on mettrait le Christ en bouteille, et cela a donc été fait. Par ailleurs, la bouteille à la mer est l'acte d'un désespéré qui ne se donne qu'une toute petite chance d'être entendu. Enfin, cela fait référence à l'univers des Mille et une nuits, le dieu ou le génie enfermé.

Cet objet témoigne de l'étrange cohabitation de la transcendance avec la platitude et le prosaïsme extrême. Je crois au pouvoir des objets les plus minuscules, les plus dérisoires, les plus anodins, de représenter parfois ce qu'il y a de plus sublime.

V. Le pari

Il s'agit d'un véritable pari, non pas d'une constatation ou d'un pronostic. L'écrivain fait confiance à la mémoire. Tant que la mémoire pourra être opposée à l'oubli, tant que le respect de sa propre culture viendra combattre l'obscurantisme et l'ignorance arrogante, il y aura de l'espoir. Je m'en remets à la culture pour nous sauver. Le droit à la littérature est un droit de l'homme.

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