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sur
les écrivains belges de langue française
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Thomas
Owen (1910
-)
Thomas
Owen ou l'homme pluriel
TU0914
Non libre de droit actuellement
Production:
R.T.B.F. - Rencontre - 1982 - Réalisation: Jean-Marie
Deconinck - Une émission de Jacques
Goossens - Durée: 45' - Couleur
Portrait
en trois phases de Thomas Owen, l'homme aux trois identités: Gérald Bertot, le
juriste et l'homme d'affaires, Stéphane Rey, le critique d'art, et surtout
Thomas Owen, l'écrivain, l'identité qu'il vit le plus intensément.
L'émission
parcourt les deux premières identités et accorde une place plus importante à
l'écrivain. Auteur de romans policiers
jusqu'en 1943, Owen excelle ensuite dans la nouvelle et le conte d'inspiration fantastique.
Plutôt qu'un écrivain de la peur, Owen se définit comme un écrivain de l'étrange,
de l'insolite et du trouble. Il nous propose une définition de l'étrange,
expliquant comment l'étrange naît dans le quotidien: Le quotidien est le
fumier où fleurissent, où pourrissent toutes les pensées humaines. Owen fait
allusion à sa collaboration avec le peintre Bogaert et à ses affinités avec
les thèmes surréalistes.
Commentaire
Cette
émission parvient à nous faire entrer dans l'univers étrange de Thomas Owen
en mêlant, de manière habile, les moments d'interview avec des éléments
fictionnels créés pour les besoins de l'émission et des extraits de films
(Meurtres à domicile de Marc Lobet et Le Voyageur de Françoise Levie). La
mise en condition du spectateur est complétée par la musique très présente
de Bernard Hermann, qui a notamment écrit pour Alfred Hitchcock.
Owen,
lui-même, se fait complice du réalisateur dans la longue séquence
introductive que nous allons détailler.
Séquence
introductive
Musique.
Un homme sort à trois reprises de la même maison. Commentaire off: Cet homme
s'appelle Gérald Bertot. Cet homme s'appelle Stéphane Rey. Cet homme s'appelle
Thomas Owen. Titre en incrustation: Thomas Owen ou l'homme pluriel. Plan général:
vues de la mer, Owen marche sur la plage de droite à gauche, son pas est décidé.
Gros plans sur le visage. A nouveau plan d'ensemble: Owen marche, mais dans
l'autre sens.
Suite
du commentaire off: Mais qui est cet homme multiplié? Cet écrivain de l'étrange
dont la lecture peut être dangereuse? Mais où est la limite entre le banal et
l'extraordinaire, aussi difficile à déterminer que de fixer la limite entre la
mer et la plage, au moment du flux et du reflux? Mais qui est-il, cet homme
pluriel?
Plan
moyen: Owen est assis sur un brise-lames. Citation en incrustation: "Le
pluriel engendre mystérieusement le singulier" (Jean Cocteau). Plan
d'ensemble: Owen marche sur un chemin, en rase campagne, au milieu des champs.
Suite
du commentaire: Singulier, cet homme pluriel. Cet académicien, peu académique,
qui nous dit: "J'ai vu beaucoup de choses dans ma vie et je me suis
toujours efforcé de comprendre le comportement de mes semblables. J'en ai plus
appris sur eux par leurs gestes et leurs attitudes que par les conversations où
on s'abrite si aisément derrière le rideau des mots. Dans mon rôle de
guetteur, il n'y a que les murs qui me gênent, et encore..."
La
tête d'Owen émerge soudain derrière un mur, Owen nous regarde de façon
narquoise, écarquille l'oeil gauche. La musique s'arrête brutalement.
Première
identité: Gérald Bertot
Issu
d'une famille cultivée, Gerald Bertot est marqué par la Gaume et par sa
grand-mère qui lui donne le goût pour la nature et le mystère (ainsi le trou
des fées à Chassepierre). C'est elle qui le nourrira d'histoires de revenants,
de dédoublements de personnalité, de chats qui portent malheur... Il rencontre
Jean Ray à seize ans (Owen cite les Contes du whisky de ce dernier). Après des
études de droit, il entre dans la meunerie (travail du blé pour produire la
farine) et en sera le directeur pendant 43 ans.
Deuxième
identité: Stéphane Rey
Owen,
alias Rey, se définit comme un critique d'art assumant sa subjectivité et se méfiant
de l'abstraction. Il est attiré par le surréalisme et par les peintres de l'étrange
comme Bogaert. Mais pourquoi la critique d'art? J'aurais accepté n'importe
quoi, la chronique financière, la critique musicale. Le problème n'est pas d'être
sérieux, le problème est d'être pris au sérieux.
Troisième
identité: Thomas Owen
Celle
que je vis le plus intensément. Sa rencontre avec Stanislas-André Steeman sert
de déclencheur à sa carrière d'écrivain. Celui-ci lui demande d'écrire des
romans policiers, genre facile, accessible à la jeunesse, mais surtout un genre
peu disponible à cette époque. C'est la guerre mais c'est aussi, selon Owen,
une période très favorable pour les écrivains belges. Son premier roman
policier paraît sous le nom de Stéphane Rey.
Le
journaliste qui l'interroge, Jacques Goossens, montre un exemplaire introuvable
du journal Lesheures bleues dans lequel figure ce titre: Gordon Oliver mène
l'enquête, grand roman inédit par Stéphane Rey. Cet exemplaire porte le
chiffre 13. (Extrait de Meurtres à domicile)
La
nouvelle et le conte d'inspiration fantastique
Owen
abandonne le roman policier en 1943 et écrit de contes d'inspiration
fantastique: Les chemins étranges (1943), La cave aux crapauds (1945), Cérémonial
nocturne (1966). Il ne partage pas l'opinion selon laquelle il serait un écrivain
de la peur. Il en attribue l'origine à Jean Ray qui y fait allusion dans la préface
de La cave aux crapaudset autres contes étranges (titre de la réédition
Marabout en 1963). Owen se définit plutôt comme un écrivain de l'étrange, de
l'insolite, du trouble.
L'étrange,
c'est tout ce qui gêne, tout ce qui vous met dans un état de demi plaisir,
d'inquiétude, de curiosité aussi. C'est autre chose que le fantastique qui est
l'irruption de l'inattendu dans le quotidien. L'étrange ce n'est pas une
irruption, c'est plutôt une espèce de corruption du quotidien. (...). Tout
vient du quotidien. Le quotidien est le fumier où fleurissent, où pourrissent
toutes les pensées humaines. L'étrange se nourrit du sens de l'observation
psychologique de l'âme humaine. Tous les gens que j'approche, j'essaie de
percer leurs secrets. Et d'ajouter que le goût de l'étrange n'est pas
l'apanage des gens nocturnes: j'aime les côtés sombres de l'existence. Je ne
suis pas un homme de clarté, un homme de soleil mais je ne suis pas un oiseau
nocturne.
L'écrivain
explique ensuite l'argument du Livre interdit (1944). Un homme réussit à
extraire, d'un livre qui contient des gravures et des aquarelles, les femmes qui
y sont représentées. Il leur donne la vie un certain temps, les réduit à
leur taille initiale, les réintroduit dans le livre, puis le ferme et ça fait
comme un bruit d'oeuf écrasé.
Thomas
Owen nous livre quelques réflexions sur les femmes et sur l'érotisme:
Misogyne, je ne crois pas. J'aime la compagnie des femmes. C'est peut-être par
un fond de méchanceté que je leur prête un visage peu bienveillant, parfois
très cruel. Quant à l'érotisme, il est sournois dans mes livres. L'érotisme
conduit à la mort mais la mort est une excellente issue. (Extrait du film Le
voyageur)
L'obsession
de la mutation
Owen
formule l'argument du conte La boule noire. Le thème du dédoublement de la
personnalité, le Doppelgänger de la littérature romantique allemande exprime
le désir d'échapper à sa propre condition humaine (Mutations est, d'ailleurs,
le nom d'un conte de Owen)
Les
adaptations pour l'écran
Owen
se déclare déçu par les courts métrages réalisés pour la télévision,
sauf pour Le voyageur (conçu initialement comme scénario). Meurtres à
domicile (1982) est une adaptation du roman policier Hôtel meublé, à la
charnière du récit policier et fantastique. (Extrait du film)
Le
surréalisme
Je
suis proche des surréalistes qui sont, dit-il, réels dans leurs images,
saugrenus dans leur inspiration. Magritte non, je préfère Dali de très loin.
Delvaux pour cet érotisme un peu froid. Et Bogaert. Owen affirme avoir été un
des premiers à parler de l'oeuvre de Bogaert dont il est, ensuite, devenu
l'ami. Un livre est né de leur collaboration: Bogaert et les maisons suspectes,
quinze contes de Thomas Owen qui réunit des contes s'inspirant des tableaux du
peintre. Cet exercice constituait une certaine imitation mais un grand stimulant
d'imagination: l'existence d'un site, d'un personnage qui vous permet de rêver.
Il ne faut pas tout sortir de sa tête.
Bogaert
parle à son tour de cette collaboration et de leur communauté d'esprit
s'exprimant dans le fantastique allusif. (Vues d'une maison en ruines dans
laquelle on aperçoit Owen)
Conclusion
Owen
explique que l'acte d'écrire est une forme d'exhibitionnisme. Celui qui me lit
peut me reconstituer bribes par bribes. Je suis Thomas Owen. Gérald Bertot a eu
sa vie, elle a été tout à fait honorable et fructueuse et j'en suis fier. Stéphane
Rey existe encore, il a un devoir d'état qui est de continuer à parler des
peintres. Mais, Thomas Owen c'est celui qui occupe, à l'heure actuelle, entièrement
ma pensée, mon activité.
Liens
avec d'autres documents
Littérature
fantastique - Hors-Texte - 1962 - TU0772
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Meurtres
à domicile
Réalisation:
Marc Lobet - adapté
du roman de Thomas Owen Hôtel meublé - avec Anny
Duperey, Bernard Giraudeau, Daniel
Emilkork, André Bernier
VM
2100 90' VO FR -
1982
Aurélia
Maudru, inspectrice à la Police Judiciaire, est chargée d'une enquête sur un
crime commis dans l'immeuble qu'elle habite. La disparition d'Oswald Stricker,
journaliste raté, déclenche des rebondissements en cascade. Dans ce suspense
fantastico-macabre, le rire se mêle aux larmes, la vie à la mort, l'amour à
l'angoisse.
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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