sur les écrivains belges de langue française

_____________________________________________________________________________

Charles Plisnier (1896-1952)

Deux documents de facture différente. Charles Plisnier: et Marx et Jésus offre unevision synthétique et complète de l'écrivain. La seconde émission plus ancienne, est articulée autour du texte du commentaire off, écrit par Charles Bertin, qui lui assure une continuité. Plus littéraire, elle traite peu de l'évolution de son engagement politique et de sa conversion au catholicisme.

Charles Plisnier: entre Marx et Jésus

TA7232

Production: R.T.B.F., En Toutes Lettres - 15/11/1996 - Réalisation: Marianne Sluszny, Jean-Marie Deconinck - Durée: 52' - Couleur

Charles Plisnier a vécu un destin hors du commun. Né à Mons dans un milieu lié au Parti Ouvrier Belge, d'une mère chrétienne, il devient communiste à la fin de son adolescence. A l'Université Libre de Bruxelles, où il poursuit ses études de Droit, il milite activement. Trotskiste, il est écarté du Parti Communiste Belge mais reste néanmoins un avocat défendant les militants espagnols et italiens réfugiés en Belgique pendant les années trente. Son oeuvre littéraire prend toute son ampleur entre 1930 et 1952. Il se convertit au catholicisme et défend déjà en 1945 l'idée d'une Belgique fédérale. Charles Plisnier a été le premier écrivain non Français à obtenir (à Paris) le prix Goncourt en 1937 pour Faux-Passeports et Mariages.

Commentaire

    Cette émission est structurée chronologiquement en quatre parties qui présentent chacune une époque de la vie ou de la carrière de l'écrivain. Elle offre des sources documentaires variées: images d'archives et enregistrements sonores qui nous permettent de voir et d'entendre l'écrivain en action, photos d'archives (et notamment de la ville de Mons), photos de couvertures de livres, de coupures de presse et un extrait de Mariages de Teff Erhat, adaptation télévisée datant de 1973. Les titres des différentes parties apparaissent en incrustation à l'écran.

Les extraits de texte lus par un comédien, qui représente l'écrivain à l'écran, sont suffisamment longs pour donner une idée précise du style et des contenus traités.

Les personnes interrogées, spécialistes et écrivains, apportent l'essentiel des informations biographiques, en y ajoutant leur propre analyse. Elles n'ont donc pas la valeur de témoignages comme dans l'émission réalisée par Jean Antoine et Charles Bertin en 1962.

Participation: Charles Bertin, Paul Aron, José Gotovitch, Luc Dellisse, Jean Tordeur, Pierre Halen, Véronique Jago-Antoine, Philippe Raxhon.

Au début du document, Paul Aron donne à l'émission son orientation générale:

Charles Plisnier a été, tout à la fois, un acteur de la vie sociale et publique, un témoin de l'engagement et un créateur, et n'a pas abandonné un de ces trois aspects au profit d'un autre. C'est cette capacité à mêler les trois plans qui lui donne un regard qui nous concerne encore.

Jeunesse et genèse

Cette première partie est introduite par la voix de Plisnier qui parle de la ville de son enfance. Des photos (d'époque) de Mons illustrent ses propos. Charles Bertin évoque le lieu de naissance de son oncle, qui a été pour lui un catalyseur d'âme. Bertin conteste l'idée selon laquelle le jeune Plisnier aurait subi les tensions d'une famille spirituellement divisée entre une mère chrétienne et un père voltairien. En réalité, Plisnier s'est abreuvé à deux sources assez différentes: le christianisme non orthodoxe de sa mère et la pensée humanisme et humanitaire de son père.

Aron exprime le lien de coexistence entre ces deux aspects: Il y a une espèce de mysticisme de la foi révolutionnaire, comme il y a une rationalité du combat politique jusqu'à la fin, jusqu'à une période où il est devenu tout à fait catholique.

L'enfant qui fut déçu (1913) est un recueil de poèmes publié à l'âge de 15 ans. Il lui a valu une lettre élogieuse d'Émile Verhaeren. Akarova, amie de Charles Plisnier, se souvient de son éblouissement à la lecture de ces poèmes.

Les Faux-Passeports de Charles Plisnier (1918-1929)

(Lecture d'un long extrait de Faux-Passeports, ou Les Mémoires d'un agitateur)

José Gotovitch, historien, décrit l'attirance de Plisnier pour la révolution d'Octobre. Plisnier écrit régulièrement dans Les amis de l'Exploité, à l'origine du Parti Communiste Belge. Devenu avocat, sa trace politique n'est pas très marquée jusqu'au moment où le petit Parti Communiste crée une organisation spécifique, Le Secours Rouge International, "soutien financier et juridique aux camarades tombés dans la lutte des classes". Il se retrouve à la tête du Secrétariat Juridique International de cette organisation. On le prend au sérieux.

En 1927, il est au coeur de l'action: il orchestre la campagne en faveur des anarchistes Sacco et Vanzetti. On le retrouve également au Présidium du Congrès de la Ligue contre l'Impérialisme et l'Oppression coloniale. Mais, peu à peu, les premiers doutes s'installent: l'esprit de la Révolution d'Octobre aurait été trahi par Staline. Il rejoint la dissidence trotskiste. (Lecture d'un extrait de Faux-Passeports dans lequel il tente d'analyser cette situation)

En mars 1928, au congrès du Parti Communiste à Anvers, il prend la parole au nom de l'opposition trotskiste. Les dissidents sont exclus. Une année plus tard, Plisnier quitte cette opposition et il clôture sa période révolutionnaire.

Il écrit alors Faux-Passeports. Quel est le rapport entre la réalité et la fiction dans ce livre? José Gotovitch estime qu'il a réussi une transposition littéraire d'une réalité qui n'avait pas encore été écrite jusque là. Il est un précurseur, d'une part, dans le portrait qu'il dresse du militant communiste et, d'autre part, dans la dénonciation des procès de Moscou et du sort réservé aux oppositionnels.

L'âge d'un poète (1929-1937)

(Lecture d'un poème extrait de Sacre, 1938)

Que signifient les titres à connotation religieuse des recueils de poèmes publiés à partir de cette période?

 Paul Aron précise que, pendant sa période d'engagement le plus net, il ne publie que des poèmes isolés; il est accaparé par son travail mais il est aussi sans doute gêné par le registre de sa poésie peu compatible avec ses relations au monde ouvriériste.

Pour Luc Dellisse, la rupture est en pente douce. L'enthousiasme pour ce qui dépasse l'homme, qui expliquait la virulence de son engagement politique, explique également son rapport à Dieu.

Jean Tordeur insiste sur l'importance de sa poésie dans laquelle, dira-t-il à la fin de l'émission, s'exprime le cri de l'authentique: Plisnier inscrit dans sa poésie toutes ses tensions, toutes ses perplexités, tous ses combats intérieurs, à travers les sursauts, les crises et les cataclysmes du monde.

Charles Bertin revient sur l'opposition qu'il a minimisée: En réalité, ce révolutionnaire était un chrétien, mais un chrétien qui ne fréquentait pas l'église, ce cruel était un tendre, ce politique était un élégiaque. Tout cela coexistait à la fois chez lui. Il cite ensuite les quatre derniers vers de Prières au mains coupées (1930) qui sont pour lui un portrait merveilleux du poète:

J'exècre le lion, mais j'ai tué la biche.

J'ai blasphémé Jésus, mais je prie en secret.

J'ai supplié l'amour, mais j'écarte le trait.

Je célèbre le los du pauvre, mais je suis riche.

 Plisnier veut rendre son art vivant. Il anime, le mardi chez lui, un cercle littéraire. Périple et Déluges seront adaptés au théâtre. Le Christ chez les chômeurs (1935), choeur parlé, met en scène un Christ moderne mais pauvre, confronté aux conditions sociales de l'époque. (Lecture d'un extrait)

Plisnier reprend une forme théâtrale, qui a été au centre de la vie théâtrale de l'entre-deux-guerres surtout allemande et russe, et qui conçoit les pièces dans un but de propagande. Cette forme appelée les choeurs parlés remonte à l'antiquité et a été revitalisée à la fin au XIXème siècle dans la perspective de mettre en scène des foules ou des groupes.

Pierre Halen indique que le saint est peut-être le thème central de la vie et de l'oeuvre de Plisnier: héros individuel si l'on veut, mais qui ne cherche pas l'héroïsme ou la statue, mais qui donne de lui-même, parfois en pure perte, pour que quelque chose bouge, qu'un dynamisme se crée dans la société.

L'âge d'un romancier (1937-1952)

Plisnier, qui était essentiellement un poète, passe au roman à partir des années 30. Il s'inscrit dans la tradition des romans fleuves de l'époque (Georges Duhamel, Jules Romains, Roger Martin du Gard): sagas familiales essentiellement liées à un milieu provincial, dont les personnages sont interrogés sur le plan psychologique (Paul Aron).

Véronique Jago-Antoine rappelle l'affaire du Prix Goncourt, d'abord refusé pour Mariages en 1936 en raison de la nationalité belge de l'auteur, et ensuite attribué à Faux-Passeports conjointement avec Mariages en 1937. Elle indique comment Plisnier avait retravaillé le recueil de nouvelles Faux-Passeports afin de lui donner un profil "goncourable", en ajoutant une dernière nouvelle Iégor qui donnait à l'ensemble une unité. (Extrait du film Mariages)

Pierre Halen soutient l'idée que Plisnier, dans ses romans, n'abandonne pas complètement la perspective collective: Les romans et les nouvelles proposent le portrait de figures particulières qui ont tout l'air de cas extrêmes sans ampleur collective. (...) Mais, en réalité, ces personnes appartiennent à un milieu social. Il scrute l'évolution, les tourments de ces consciences particulières au sein de la bourgeoisie.

Pour Paul Aron, les romans de Plisnier ne sont pas des oeuvres critiques par rapport à la bourgeoisie: L'écrivainadopte une forme romanesque extrêmement traditionnellepar le registre de l'écriture, la focalisation sur la psychologie des personnages, la volonté de faire un panorama social et la posture que se donne le romancier qui est celle du romancier omniscient, qui sait tout sur ses personnages et qui en maîtrise le destin.

 Luc Dellisse et Sophie Buyse, psychanalyste, commentent Folies douces, recueil de cinq nouvelles paru en 1952. Philippe Raxhon décrit la dimension européenne de l'engagement fédéraliste wallon de Plisnier à partir de 1945.

En guise de conclusion, l'émission tente, par la voix des personnes interviewées, de démontrer pourquoi Plisnier reste aujourd'hui d'actualité.

Pour Pierre Halen, c'est parce qu'il dérange nos catégories. En n'ayant adhéré à aucun des deux discours traditionnels de la gauche athée ou du catholicisme conservateur, il se présente tout frais et très disponible dans une époque qui cherche précisément quelque chose d'autre, qui ne semble plus obéir, de façon simpliste, aux catégories qui ont structuré aussi longtemps la société, et notamment la Belgique. Par conséquent, le tourment qui l'habite, la question qui l'habite, sa façon de cultiver les ruptures reste quelque chose qui appartient à l'homme d'aujourd'hui profondément.

Charles Bertin cite une phrase retrouvée dans les notes de l'écrivain: Le romancier est un être qui a tant d'amour qu'il se trouve devant l'univers en état de jalousie.

Luc Dellisse rappelle le grand nombre de centres d'intérêt (évoqués dans l'émission) de cet intellectuel profondément engagé qui font encore sa grandeur aujourd'hui.

_______________________________

Charles Plisnier

TA7231

Production: R.T.B.F. - 1962 - Réalisation: Jean Antoine - Texte de Charles Bertin - Durée: 41' - Noir et blanc et couleur

Charles Plisnier (1896-1952), le poète, le romancier, l'auteur de Mariages et de Faux-Passeports, deux romans qui ont obtenu le prix Goncourt. Charles Plisnier est aussi l'homme qui, le premier, incarna la conscience wallonne. Pour d'autres, c'est le révolutionnaire, le communiste, et enfin le chrétien qui ne cessa de chercher Dieu.

Si diverse et si considérable qu'ait été la vie de l'écrivain, elle ne parvint jamais à remplir une existence qui fut tumultueuse et dans laquelle le plupart des drames d'une époque instable et divisée, trouvèrent un écho passionné. Le témoignage de son épouse et de ses amis, compagnons d'études, avocats, architectes, diplomates fait découvrir la riche personnalité de cet homme.

Commentaire

    Cette émission ancienne (1962) propose une synthèse réussie de l'écrivain, de l'homme et de son oeuvre. Le texte du commentaire est de l'écrivain Charles Bertin. Les extraits de l'oeuvre lus, certains par l'auteur lui-même, sont accompagnés de photos d'archives montrant surtout l'écrivain et son entourage.

L'intérêt de ce document, si on le compare à l'émission En Toutes Lettres est de nous livrer des témoignages de personnes qui ont connu personnellement l'écrivain: Herman Grégoire, Robert Goffin, Sadi De Gorter, Albert Ayguesparse, Edmond Buchet, Alida Plisnier sa femme, Robert Kanters, Marcel Thiry, Roger Bodart. Celles-ci sont souvent filmées en plan fixe et leurs interventions peuvent paraître longues aujourd'hui, mais ce procédé leur permet de développer leur pensée sans être interrompues comme c'est plus souvent le cas aujourd'hui. On perçoit qu'un travail préparatoire avec le réalisateur ou avec l'auteur du commentaire a dû avoir lieu pour que l'intervention soit informative et adaptée au propos de l'émission.

 Sur le plan du contenu, l'émission accorde peu de place à l'évolution de son engagement politique et à sa conversion au catholicisme. Cet aspect est traité dans l'émission "Autour de Faux-Passeports de Charles Plisnier"  présentée dans cette collection.

L'émission débute sur cette interrogation:

 "Charles Plisnier, qui est cet homme? Un nom souvent remarqué aux vitrines des libraires? L'homme qui parmi les premiers incarna la conscience wallonne devant le péril? Le révolutionnaire, le communiste? Le chrétien qui ne cessa de chercher Dieu dans le monde des hommes? Qui a raison?"

L'émission adopte un déroulement chronologique. Évoquant d'abord le pays natal de l'écrivain, Mons et le Hainaut dont la connaissance est nécessaire pour comprendre l'écrivain, le commentaire aborde les événements importants de la vie de Plisnier.

Robert Goffin évoque les études de droit de Plisnier, les première plaidoiries du jeune avocat et son engagement aux côtés des communistes. Pour Albert Ayguesparse, Plisnier souhaite créer (dans Déluge, 1933)une poésie vivante qui supprimerait le fossé entre le poète et le public, et donnerait à la poésie une audience plus vaste.

Edmond Buchet, éditeur du roman de Plisnier, Mariages (1936), explique l'affaire du Goncourt manqué et la polémique qui suivit. Plisnier obtiendra le Goncourt l'année suivante à la fois pour Faux-Passeports et Mariages. A la suite de son succès littéraire, Plisnier abandonne le barreau et s'installe à Montferrat en France pour poursuivre son oeuvre. Sa femme Alida évoquele travail quotidien et soutenu de l'écrivain notamment pour Meurtres et Mères.

Robert Kanters tente de situer l'écrivain dans la vie littéraire: isolé et indépendant du monde des lettres, mais convaincu de son devoir d'écrivain vis-à-vis d'un public fidèle. Marcel Thiry évoque ensuite son action politique après la guerre et son attachement au mouvement wallon. Il commente le texte de Plisnier Lettres à mes concitoyens (1952) réédité dans Études et documents.

Roger Bodart aborde enfin la maladie et la mort de l'écrivain en 1952, année où l'Académie le proposa pour le prix Nobel.

Autres documents à la médiathèque

Autour de "Faux passeports" de Charles Plisnier - Production: Archives et Musée de la Littérature - Réalisation: Jean-Paul Lavaud - 1989 - Durée: 9' - Couleur - SH 5015

_______________________________

Meurtres

Réalisation: R. Pottier. Scénario: Charles Plisnier d'après le livre Meurtres de Charles Plisnier. Dialogues: Henry Jeanson. Images: André Germain. Musique: Raymond Legrand. Production: Ciné films

avec Fernandel, Raymond Souplex, Mireille Perrey, Colette Mareuil, Line Noro, Germaine Kerjean

VM 2212 VO FR, 120', NB 1950

Dans la famille Annequin, rien ne va plus. Noël a tué sa femme par euthanasie. Ses deux frères, arrivistes, le font interner. Mais Martine, la nièce, ne l'entend pas de cette oreille. Elle réussira à faire échouer le complot de famille et Noël pourra recommencer une nouvelle vie.

_____________________________________________________________________________

(c) La Médiathèque, 2002 - 2006