sur les écrivains belges de langue française

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Georges Rodenbach (1855-1898)

Georges Rodenbach et le symbolisme

TT8527

Production: R.T.B.F. - Écran Savoir - 1990 - Réalisation: Christian Raynaud, René Michelems - Scénario, commentaires et présentation de René Michelems - Durée: 26', couleur.

Lorsque naît, dans la foulée de Charles De Coster, une littérature nationale de valeur, toute une génération d'écrivains (Elskamp, Verhaeren, Van Lerberghe, Maeterlinck) surgit dans cette Belgique flamande des années 1880, dont la richesse nous surprend, à un siècle de distance. Ils sont nés à Gand, à Anvers ou à Bruges, mais écrivent tous en français. La plupart sont d'origine aisée, mais ils refusent les valeurs prudemment traditionnelles de leur milieu culturel. La Belgique, ce pays où l'esprit se rouille dans l'air bourgeois, écrit Rodenbach exilé à Paris. Leur volonté commune est de participer intensément à ce grand mouvement poétique qui bouleverse la poésie française depuis Baudelaire et de se frayer des voies nouvelles à travers cette esthétique rénovée. Leur porte-parole sera Georges Rodenbach.

Le document évoque l'enfance de l'auteur à Gand, ses premiers rapports avec la poésie, le discours contre la littérature belge académique en 1883, l'exil à Paris en 1888 et l'amitié avec Mallarmé, le succès du roman symboliste Bruges-la-morte, principal apport belge au symbolisme avec le théâtre de Maeterlinck.

Les thèmes-clés et les résonances actuelles de l'oeuvre sont analysés afin de mieux comprendre le symbolisme belge à la fin du siècle dernier, dont l'impact fut essentiel pour la littérature de langue française

Commentaire

    Cette évocation de Rodenbach est articulée autour de son roman Bruges-la-Morte (1892) et de ses recueils de poèmes. Elle est entrecoupée d'extraits des oeuvres de l'écrivain, ainsi que de nombreuses vues de la ville de Bruges, devenue un personnage de ses poèmes et de ses récits. Également, des images de Gand et de Tournai; des photos de l'écrivain, des tableaux de l'époque et des illustrations: revues littéraires, les différentes couvertures du roman Bruges-la-morte.

    Le décor musical, combiné aux images de Bruges (les jeux de lumière sur l'eau des canaux par exemple), tente de restituer l'atmosphère de mystère du symbolisme.

    Un extrait du roman a été mis en scène pour les besoins de l'émission: une femme surgit dans la vie de Hugues, celui-ci la suit. Les images ne présentent pas la situation comme un ensemble mais la suggèrent (la caméra s'attarde sur le chignon de la jeune femme), voire contredisent le texte lu (le personnage ne met pas sa main devant les yeux comme le texte l'affirme), renforçant ainsi le sentiment de mystère. La lenteur des mouvements des acteurs, leurs expressions figées rendent la rencontre irréelle voire impossible.

Le document évoque les trois principales revues littéraires de l'époque dans lesquelles les jeunes auteurs vont s'exprimer autour de 1880: L'art moderne, La Jeune Belgique, La Wallonie.

Au cours du banquet offert par la revue La Jeune Belgique en l'honneur de Camille Lemonnier, à qui on venait de refuser le prix quinquennal de littérature, le jeune Rodenbach - il a vingt-sept ans en cette année 1883 - y stigmatise les gouvernants bourgeois de Belgique, ce pays si traître à ses grands écrivains, si indifférent, si coupable.

Jeannine Paque, auteur de l'essai Le symbolisme belge, aborde plusieurs sujets: l'utilisation particulière de la langue française par les symbolistes belges, la définition du symbolisme, la vision que Rodenbach avait de Bruges, et particulièrement le Béguinage qui symbolise la religion et la féminité bien pensante, l'apport de Rodenbach au symbolisme avec son roman Bruges-la-morte. La trame narrative du roman est une hésitation entre le réalisme et le symbolisme, entre le poème et la nouvelle.

En 1892, le roman symboliste connaît son premier et unique triomphe, avec Bruges-la-morte, un court récit de cent pages, immédiatement traduit en sept langues, et dont Mallarmé définissait l'originalité dans une lettre à son ami: Votre histoire humaine si savante par instants s'évapore et la cité en tant que le fantôme élargi continue (...) avec une certitude subtile qui instaure un très pur effet.

L'histoire est brièvement exposée et illustrée par la lecture en voix off de cinq extraits du roman sur des images de Bruges et de ses canaux. C'est l'occasion pour le commentateur de souligner un des thèmes majeurs du symbolisme: l'eau et ses sortilèges, l'eau miroir qui décalque les vieux pignons, dédoublant les murs et les maisons des quais, les demi-teintes des crépuscules de brumes, le Béguinage et ses silences.

En guise de conclusion, l'émission rappelle le jugement que Verhaeren a porté en 1899 sur l'ami qu'il venait de perdre: "S'il fallait assigner une place à Georges Rodenbach dans la littérature belge, elle serait facile à délimiter. Il prendrait rang parmi ceux dont la tristesse, la douceur, le sentiment subtil et le talent nourri de souvenirs de tendresse et de silence tressent une couronne de violettes pâles au front de la Flandre: Maeterlinck, Van Lerberghe, Max Elskamp."

Nous remercions René Michelems qui nous a permis de consulter le dossier de la Télévision scolaire, aujourd'hui indisponible, et dont nous reproduisons ici une partie du texte.

Liens avec d'autres documents

Le symbolisme: Les trois amis de Gand- TA9021. Il s'agit de Maurice Maeterlinck, Charles Van Lerberghe et Grégoire Le Roy.

Maurice Maeterlinck: Maurice Maeterlinck - Télévision scolaire - 1982 - TT9004, et La mort triomphait en cette voix étrange - En Toutes Lettres - 1993 - TA6211.

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