sur les écrivains belges de langue française

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Dominique Rolin (1913)

    A l'émission de synthèse, Dominique Rolin, l'infini chez soi, vient s'ajouter, en complément, Bruegel et Dominique Rolin dans laquelle l'écrivaine explique comment elle a "inventé" le personnage de Bruegel dans son livre L'enragé. L'adaptation cinématographique, Le Lit, de Marion Hänsel, clôture notre sélection.

Bruegel et Dominique Rolin

TC1201

Production: R.T.B.F., Styles - 06.10.84 - Réalisation: Jean Antoine - Durée: 51' - Couleur

Une des plus grandes écrivaines belges, Dominique Rolin a publié un récit intitulé L'enragé: livre vif et dur qui se lit comme un roman policier. Devant les caméras, elle raconte ce que fut la courte vie de Bruegel, comme si elle puisait parmi ses propres souvenirs.

Et le jeu s'établit entre les deux visionnaires enracinés l'un dans la Campine, l'autre dans le Brabant. Par la grâce de Dominique Rolin, Bruegel, prodigieux "cinéaste" du seizième siècle, mais plus contemporain que jamais, prend place tout naturellement parmi les plus grands artistes d'aujourd'hui.

Commentaire

    Dans ce document, Dominique Rolin explique comment elle a inventé les personnages de L'enragé (1978), Bruegel en premier lieu, mais aussi sa famille et son entourage. Par manque de documents mais aussi par nécessité créatrice, elle a "donné corps" au personnage en lui attribuant des traits physiques et des traits de caractère; en inventant des événements biographiques (le voyage à Paris par exemple). A l'instar des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar ou des Éblouissements de Pierre Mertens, ce livre invite à une réflexion sur ce que ce dernier appelle "la biographie réinventée" et sur la notion de roman historique.

    De nombreuses toiles de Bruegel sont présentées, commentées et analysées par l'écrivaine: Dulle Griet, La prédication de Saint Jean Baptiste, Le triomphe de la mort, La parabole des aveugles, La pie sur le gibet et La tempête.

    La caméra "suit" le commentaire et montre les détails des tableaux. La musique du Moyen Âge et les images de la Campine complètent l'ambiance générale de l'émission.

    Dominique Rolin situe sa "rencontre" avec Bruegel, lorsque enfant, elle fait un rapport entre les paysages de Bruegel et les paysages dans lesquels j'étais plongée (La Campine). Entre réalité et fiction, elle indique, pour chaque étape de la vie de Bruegel, quels sont les éléments réels et ceux qui sont fictionnels: le lieu de naissance incertain de Bruegel, l'enfance dans les milieux paysans, la prise de conscience précoce du génie. La vie de Bruegel est, pour Rolin, un voyage dans la solitude qui s'exprime dans la manière de peindre les visages comme des masques (des clôtures) frappés de mutisme.

    Caractéristiques du génie, l'amour pour l'humanité et la cruauté lucide vont de pair. La duplicité du créateur se marque dans le bonheur et le tragique, dans la capacité de jouir totalement de la vie et le sentiment de la maladie et de la mort. Le côté scatologique de l'oeuvre de Bruegel a choqué certains lecteurs du livre, non pas par la vulgarité mais par le respect de la nature et du fonctionnement du corps.

    Rolin évoque les voyages de Bruegel en Italie, en France et dans les Alpes. Elle décrit le visage de Bruegel qu'elle a imaginé à partir d'un autoportrait du peintre et les traits de caractère que le physique peut révéler ou suggérer. Elle poursuit en décrivant sa femme et ses trois enfants (deux fils deviendront peintres, Pieter II dit "d'enfer" et Jan Bruegel dit "de velours").

    La mort de Bruegel survient en 1569, des suites d'une maladie contractée dans sa jeunesse, une polyarthrite généralisée qui l'avait parfois empêché de peindre.

Liens avec d'autres documents

Marguerite Yourcenar: Marguerite Yourcenar - Apostrophes - TA0254, sur la notion de roman historique; Dans l'île du Mont désert - R.T.B.F. Document - 1975 - TA2471

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Le Lit

VL 3220

Production: Man's Films Bruxelles - Eos Films Chêne Bourg - 1982 - Réalisation: Marion Hänsel - Participation: Nastasha Parry, Heinz Bennent, Francine Blistin, Johan Leysen, Patrick Massieu - Durée: 80' - Couleur

Une femme vit. A côté d'elle son mari se meurt. Pendant 24 heures, cette femme se souvient de la maladie, de leur bonheur, de leur amour. Pendant 24 heures, elle le soigne, le veille, attendant patiemment le dernier souffle. A certains moments, la douleur se dissout. L'espoir renaît. La vie est là, forte, envahissante comme une vague qui la submerge. Eva est une femme faite pour le bonheur. Dans les moments les plus dramatiques, elle reste d'une certaine façon extérieure aux événements. Au lieu de "jouer" sa participation à l'agonie de l'autre, elle a le courage de dire que "les gens debout regardent vivre les gens couchés avec la même stupeur incompréhensible qu'un poisson mettrait à suivre le vol d'un oiseau". C'est une histoire sur la force de la vie face à la mort, sur la préparation lente et difficile d'exister sans l'autre.

Commentaire

    Premier long métrage de la réalisatrice belge Marion Hänsel, ce film a été salué et récompensé par la critique (Prix Cavens 1982) pour la sobriété et l'élégance de la mise en scène, et pour la maîtrise de son sujet: la mort. Il faut souligner le soin apporté à la bande sonore qui en rehausse l'harmonie: les gémissements, le vent ou les sirènes des péniches au loin dispensent de mots.

L'auteur

    "Surprenante expérience: voir mon roman transformé en film! En le faisant sien absolument, Marion Hänsel a eu raison. L'écrivain doit s'effacer sans réserve devant le cinéaste. Elle a reconstruit Le lit autrement, avec force, en situant l'action dans notre pays natal auquel nous sommes toutes deux magiquement attachées. Serrant de près le thème d'un amour menacé par la mort, son scénario décanté à l'extrême réussit la gageure de respecter l'esprit du texte tout en tirant de lui une vision d'une superbe originalité. Ainsi, c'est à travers le détour d'une fiction transposée que je retrouve intacte, déchirante, mais non désespérée, l'histoire du malheur que j'ai vécu personnellement, puis écrit. Le film est à la fois pudique et violent, sensuel et dur. Il atteint de plein fouet, dans la profondeur et le rythme des images que Marion Hänsel a su transfigurer par la tendresse, le rêve et l'inattaquable bonheur de vivre." (Dominique Rolin)

Le lit, écrit en 1960, raconte la mort du sculpteur Bernard Milleret que Dominique Rolin avait rencontré en 1946, lorsqu'elle s'était installée à Paris. Après quelques années de vie commune passées dans la misère, elle reçoit le prix Fémina en 1952. Ils achètent une maison à Villers-sur-Morin mais Milleret meurt en 1957. Dix années de bonheur total; dit-elle, cassé par la mort au bout de six mois de maladie. Dominique Rolin a conçu l'écriture de ce roman comme une véritable thérapie interne et personnelle, et une parfaite soumission aux mots.

La réalisatrice

    "En lisant Le lit, j'ai éprouvé que Dominique Rolin exprimait exactement ce que je souhaitais dire aussi bien sur la souffrance traversée lors de la mort d'un être proche, que sur la vie qui continue d'appeler à elle et sur le jugement de ceux qui attendent des attitudes convenues qu'on a plutôt tendance à fuir."

Marion Hänsel aime raconter les histoires des autres. Bonheur mais aussi malheur, angoissant, car on ne sait pas toujours arrêter le travail de l'imagination. Elle a ainsi adapté plusieurs autres romans: Dust de Jean Marie Coetzee en 1984, Les noces barbares de Yann Queffelec en 1987, et Lî de Nikos Kavvadias en 1995. Elle choisit les œuvres pour la force de l'écriture et la gravité du sujet. Elle a écrit un seul scénario original: Sur la terre comme au ciel.

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