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sur
les écrivains belges de langue française
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Georges Simenon
(1903-1989)
Trois documents: un entretien, dans Apostrophes,
porte principalement sur son dernier livre Mémoires intimes publié en
1981. Il nous montre un Simenon intime. Citoyen Simenon, émission plus critique,
est constituée de témoignages et de commentaires; elle analyse son engagement politique
et l'idéologie qui transparaît dans son oeuvre. L'émission de la Télévision scolaire,
Le cas Simenon, est synthétique: elle retrace la vie et analyse l'oeuvre du grand
écrivain belge. A la différence des deux premières émissions, elle contient des
interviews plus anciennes et des images d'archives sur Simenon et sur Liège.
Georges Simenon
TA0262
Apostrophes n° 12 - Production: Antenne 2 - INA -
1981 - Réalisation: Nicolas
Ribowski - Durée: 75' Couleur - Un
entretien en forme de confession suscitée par les questions de Pivot portant plus sur la vie et la personnalité que sur
l'oeuvre de Georges Simenon.
L'émission porte essentiellement sur le dernier
livre publié de l'écrivain, Mémoires intimes suivi du Livre de Marie-Jo (1981)
qui contient quelques-uns des textes, lettres et poèmes de sa fille (Marie-Jo avait
presque fait promettre à son père que leurs signatures seraient un jour, côte à côte,
sur la couverture d'un livre).
Il y est question des relations difficiles avec les
femmes de sa vie: sa fille Marie-Jo et ses trois épouses, de son instabilité affective,
de sa mémoire, de sa prodigieuse puissance de travail, de sa conception de la
littérature.
Quelques anecdotes liées à la rédaction des
"Maigret" et d'autres commentaires sur la psychologie du célèbre commissaire
complètent un portrait de l'homme et de l'écrivain belge.
Commentaire
Georges Simenon est filmé en plan fixe, de face et
assis à sa table de travail. Il s'exprime sans complaisance, avec détachement, parfois
vivement lorsqu'il cherche à corriger l'étiquette de "phénomène" dont on l'a
souvent affublé. Il insiste, dans cette émission, sur son "métier" de père,
qu'il place avant le métier d'écrivain.
L'interviewer,
Bernard Pivot, joue un rôle important. Il est visible au moment où il pose ses questions et
quand il réagit aux propos de l'écrivain. Il lit aussi des extraits du livre. Se voulant
incisif, il joue l'ironie, l'incrédulité, le scepticisme, cherche à percer les
contradictions ou les paradoxes de son interlocuteur (par exemple, lorsque Simenon
critique la société de consommation ou lorsqu'il fait l'apologie de la liberté du
"bon sauvage").
Dans la séquence générique, Georges Simenon se
promène dans son jardin à Lausanne et s'arrête au pied d'un cèdre où les cendres de
sa fille Marie-Jo, qui s'est suicidée, ont été répandues. Ces images sont l'écho de
la dernière phrase de l'émission, citation extraite des Mémoires intimes et
adressée à Marie-Jo: Tu es toujours dans notre jardin, où je te rejoindrai un jour.
À la fin de l'émission, Bernard Pivot revient sur
le suicide de Marie-Jo, décrit dans Mémoires intimes, et se livre à une
comparaison (un peu maladroite) entre ce texte et la description que Simenon, écrivain de
romans policiers, aurait pu faire d'un événement analogue dans un "Maigret".
Il pose à nouveau une des questions du début de l'émission: ce livre aura-t-il
contribué à vous faire recouvrer votre sérénité?
Le suicide de Marie-Jo
Simenon confie qu'il a retrouvé une certaine
sérénité après ce drame écrasant. Simenon parle du caractère instable de sa fille,
de son besoin d'expression artistique, du rapport très intime qu'elle souhaitait avoir
avec son père et de la jalousie qu'elle éprouvait à l'égard de sa troisième femme,
Teresa. Il justifie l'attitude qu'il a eue à l'égard de Marie-Jo en tant que père et
tente d'expliquer le geste de sa fille, peut-être parce qu'elle ne voulait pas
retourner dans les cliniques.
(On entend un enregistrement de la voix de Marie-Jo
improvisant un texte intitulé Madame Angoisse; Georges Simenon baisse légèrement
la tête; la caméra s'attarde sur son visage)
Courir le monde pour découvrir l'homme
Ce thème revient à plusieurs reprises dans
l'émission. Aux yeux de Simenon, son besoin de découvrir l'homme justifie l'ensemble de
ses actes. Je voulais toujours découvrir autre chose, toujours partir, par curiosité.
Et il ajoute que les femmes, aussi, l'ont aidé dans cette entreprise. A ce besoin de
comprendre les autres, s'ajoute le besoin de les aider, ce que Simenon appelle son côté
saint-bernard.
Dire la vérité crue
Quelque peu fatigué par la quarantaine de
biographies qui ont été écrites à ce jour, l'écrivain dit avoir voulu, dans Mémoires
intimes, donner sa vérité. Je ne suis pas le phénomène ou l'énigme qu'on
voudrait; je suis simplement un artisan qui a fait son travail. Il affirme ne pas
hésiter à dire la vérité même si elle est crue. J'aime mieux être critiqué,
même être détesté, pour ce que je suis vraiment que d'être aimé ou admiré pour ce
que je ne suis pas.
Simenon rappelle brièvement l'origine de son
premier roman autobiographique Pedigree (1948). A cette époque, un médecin lui
avait annoncé sa mort prochaine. Il en avait commencé l'écriture afin que son fils
aîné, Marc, alors âgé de deux ans, se souvienne de lui.
Ses trois femmes
Simenon associe ses trois femmes à trois tranches
de vie, à trois formes d'amour différentes. Il se fiance à dix-sept ans avec Régine, c'est
le premier amour de jeunesse sur lequel un jeune homme reporte tous ses rêves. Ils
seront mariés pendant vingt ans. Par la suite, il rencontre à New York une canadienne,
Denise; cette deuxième union, passionnée, maladive - il considère la passion comme une
maladie - lui donne trois enfants mais l'entraîne au bord du suicide. Teresa l'aide à
sortir de cette période dramatique; avec elle, il rencontre ce qu'il appelle le
véritable amour, fondé sur l'intégration de deux êtres.
Simenon aborde alors le thème de l'union charnelle
et son besoin physique pour de telles unions: L'union la plus grande possible que l'on
peut avoir entre deux êtres, c'est faire l'amour. Ce n'est pas avec des mots que l'on
communique. On communique très mal avec des mots. Les mots peuvent servir à tout.
J'avais faim de la femme et de toutes les femmes. Et c'est malheureux, car il y a des
quantités de femmes que je ne connaîtrai pas.
Simenon évoque Boule, une de ses maîtresses, et
ses relations avec les prostituées pour lesquelles il a beaucoup de respect. Il parle de
la légende, née au cours d'une conversation avec Fellini, des 10.000 femmes qu'il aurait
eues dans sa vie.
Les romans policiers et les romans durs
Simenon compare le roman policier, qui a ses
règles (un mort, un enquêteur, un assassin et une énigme), à des rampes d'escalier sur
lesquelles on s'appuie. Un roman policier est un fabrication, c'est de la
semi-littérature. J'écrivais les Maigret en sifflotant, par amusement. Je
pianotais.
A ceux-là, il oppose les romans durs (qu'il
appelait initialement les romans-romans) qui sont des romans sans rampes. Dans ces
romans, dit-il, je peux me permettre de dire la vérité sur mes personnages.
Le travail de l'artisan
Je ne suis pas intelligent, je suis un
instinctif, je ne suis pas un intellectuel. Je n'ai jamais pensé un roman, j'ai senti un
roman. Je n'ai jamais pensé un personnage, j'ai senti un personnage. Je n'ai jamais
inventé une situation, la situation est venue lorsque j'écrivais.
Questionné sur sa légendaire puissance de
travail, Simenon passe en revue quelques anecdotes et quelques aspects réputés de sa
manière d'écrire: le rythme des parutions (jusqu'à six romans par an), la durée de
l'écriture d'un roman (11 jours, ensuite 7, un chapitre par jour), l'organisation d'une
journée, la chemise identique lavée tous les jours, les 800 grammes perdus par jour en
écrivant, etc.
Maigret
Simenon fait une parenthèse sur le roman populaire
qu'il a pratiqué au début de sa carrière, pour gagner sa vie, mais surtout pour
apprendre véritablement les techniques de l'écriture. Dans le roman populaire on fait
justement tout ce qu'il ne faut pas faire (du sentimentalisme par exemple).
Au départ, Maigret n'était qu'une silhouette,
mais le personnage s'est enrichi de l'observation minutieuse du monde de la police (un
directeur de la police, qui avait lu ses livres, le contacta et l'invita à venir sur le
terrain afin d'éviter des erreurs techniques). La sympathie de Maigret pour les
petites gens est venue ensuite petit à petit. Simenon remarque que les
"Maigret" de la fin se rapprocheront de ses romans durs.
Simenon insiste sur l'indépendance qui existe
entre le monde réel et le monde de ses romans et le fait qu'il ne s'est jamais mis dans
ses romans, n'en déplaise aux auteurs de thèses, ajoute-t-il.
La célébrité
J'aurais refusé le prix Nobel, affirme
Simenon qui dit ne croire ni à la gloire littéraire, ni aux nationalités (il a refusé
de prendre la nationalité française), ni à la morale.
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Citoyen Simenon
TA1541
Production: R.T.B.F., 1996 - Réalisation:
Marianne Sluszny,
Guy
Lejeune - Durée: 31' - Couleur
Il s'agit d'un voyage au coeur des rapports que
Simenon entretenait avec la "chose" politique. Documents, interviews et
interventions de témoins privilégiés, mettent en évidence les options revendiquées
(apolitisme, anarchisme, refus des tabous, universalisme, etc.) et manifestées par son
oeuvre (absence quasi totale de l'Histoire, des conflits sociaux, passéisme du
commissaire Maigret, etc.); les attitudes personnelles (le comportement de Simenon pendant
la seconde guerre mondiale); le message véhiculé par le romancier des petites gens
(analyse sociopolitique des personnages de son oeuvre).
Commentaire
Cette émission a été conçue à partir d'un
reportage à La Rochelle où Simenon a vécu avant et pendant la guerre. Aux témoignages
de Philippe Chastenet, de
Lina Chavier-Capeschia et de
Michel Ragon, s'ajoutent les commentaires littéraires de
Jacques Dubois
et Danielle Bajomée, et les
jugements de Pierre
Assouline et de Jean Huget sur son engagement politique.
De courtes lectures de textes, dont l'action se
passe à La Rochelle ou dans les environs, complètent le document: Les fantômes du
chapelier, Le clan des Ostendais, Le voyageur de la Toussaint. Elles sont illustrées
par des images des lieux que ces textes décrivent, comme le café de le Paix, la gare et
le port de La Rochelle. L'émission ne contient pas d'images de Simenon. La séquence
"antisémite et collaborateur?" utilise un rapport rédigé par Simenon et
adressé au préfet de Charente-inférieure le 17/08/40. (Pierre Assouline et Jean Huget
abordent cette question.)
On remarquera le contraste, voire la contradiction,
entre la vision naïve, type "carte postale" de Lina Chavier-Caspescha, et les
jugements plus critiques de Pierre Assouline ou de Jacques Dubois.
Les premières images sont celles de la salle
d'opération que l'on a pu voir lors de l'exposition "Tout Simenon" à Liège et
à Bruxelles. Ces images semblent indiquer que le cadavre étendu sur la table n'est autre
que celui de l'auteur lui-même.
Des plans très brefs montrent des intertitres
inscrits sur des dossiers: "S., ses personnages et l'Histoire", "L'argent
et la revanche sociale", "Antisémite et collaborateur?"; "Le citoyen
S".
Philippe Chastenet, journaliste, explique que les
rues de la Rochelle ont servi de décors à quelques romans durs de Simenon. Il indique
que l'écrivain a agi en citoyen au cours de la guerre. S'étant présenté à l'ambassade
de Belgique pour prendre les armes, on l'a renvoyé à La Rochelle où son aide était
plus précieuse. Avec Lina Chavier-Caspescha, il a apporté son aide à ses concitoyens
réfugiés en France. Ces événements lui serviront ultérieurement dans ses livres.
Lina Chavier-Caspescha, fille du propriétaire du
"Café de la paix", où l'écrivain passait ses soirées, se souvient d'un homme
dynamique qui l'accompagnait à la gare pour recueillir les réfugiés. Cet homme aimait
s'occuper des autres. Elle montre des documents attestant l'amitié de l'écrivain
pour sa famille: des dédicaces de livres, des lettres de Simenon et des photographies de
ses enfants Marc et Marie-Jo, d'époques diverses.
"S., ses personnages et l'Histoire"
Jacques Dubois, professeur à l'Université de
Liège, observe que Simenon a représenté toutes sortes de classes sociales mais que
son oeuvre converge vers une espèce de centre: le petit bourgeois, selon l'expression
fameuse de Simenon, l'homme nu, transparent, universel, mais très marqué par son
époque.
Pierre Assouline, auteur d'une biographie, estime
que les bons romans de Simenon sont atemporels. Il cite l'exemple de La neige était
sale, écrit en 1948. Ce roman qui se passe sous l'occupation ne dit pas de quelle
occupation il s'agit, ni dans quel pays. Pour ce biographe de Simenon, c'est inouï, en
1948, de ne pas vouloir situer les choses dans l'histoire.
Danielle Bajomée, professeur à l'Université de
Liège, développe l'idée que le refus de l'histoire, chez Simenon, vient de ce
sentiment que la classe sociale à laquelle il appartient par son origine, la petite
bourgeoisie, est en perte de vitesse complète. La seule manière de résister à cette
espèce de liquidation complète de ce à quoi il croyait, est d'écrire des histoires qui
feront en sorte que rien ne change, qui vont immobiliser le temps et faire que dans ces
histoires, les valeurs et les décors de la petite bourgeoisie se retrouvent.
"L'argent et la revanche sociale"
Pierre Assouline évoque les difficultés
financières de Simenon en 1940. Le spectre de la misère réapparaît. Ses capitaux sont
bloqués et il est obligé de recommencer à écrire des articles et des romans sur
commande. C'est l'humiliation suprême.
Michel Ragon, écrivain, se souvient de la
prestance, du côté ostentatoire qui se dégageait du personnage de Simenon dans cette
ville somme toute modeste. Il avait un style hollywoodien.
Venant d'un milieu modeste, il est habité par
un désir de revanche. Ceci explique son côté fastueux et mégalomane. Fidèle à
ses origines, il a l'attitude à la fois mesquine et modeste, une attitude de petites
gens. (Jacques Dubois)
"Antisémite et collaborateur?"
Pierre Assouline décèle une culture antisémite
chez Simenon, dès ses débuts comme reporter à La Gazette de Liège. Cet
antisémitisme se manifestera dans ses romans par une représentation stéréotypée des
personnages juifs. En 1940, il refusera de l'aide à des diamantaires juifs d'Anvers, sous
le prétexte qu'ils sont cosmopolites et donc pas des Belges.
Assouline rappelle que, en quatre années
d'occupation, il est l'auteur le plus porté à l'écran, neuf adaptations en tout.
En 1942, il signe un contrat de trois ans avec Continental films, une société allemande
sous déguisement français, à qui il cède l'exclusivité de l'exploitation de Maigret.
Simenon connaît la nature de cette société. Cependant, on ne peut le traiter de
collaborateur puisqu'il n'y a pas eu intelligence avec l'ennemi. En fait, on lui
reproche sa réussite, ajoute Assouline.
"Le citoyen S"
Assouline conclura l'émission par un jugement
global sur le citoyen Simenon: Indépendant, solitaire, farouche, qui refuse tout
embrigadement politique et sur un plan profond, humain, un conservateur, un
réactionnaire, quelqu'un de très attaché à la terre et aux valeurs ancestrales. Tout
dans son oeuvre et dans sa vie le montre.
Jean Huget, qui appartenait à la justice militaire
des forces françaises de l'intérieur en 1944, mentionne le mandat d'amener à l'encontre
de Simenon. On l'accuse d'avoir cotisé pour réunir des fonds pour les collaborateurs.
Pour Jean Huget, Simenon était un anarchiste de droite: On n'aime pas le pouvoir mais
en même temps on ne déteste pas d'en exercer quand même sur les autres.
SUITE
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