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sur
les écrivains belges de langue française
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Jean-Pierre
Verheggen (1942)
Jean-Pierre
Verheggen "Un cas rare"
TA9532
Production:
R.T.B.F. - En Toutes Lettres - 1996 - Réalisation: Marianne Sluszny et Guy
Lejeune - Durée: 49' - Couleur
Jean-Pierre
Verheggen est avant tout un "jouisseur de mots", le
"calembourateur" numéro un du domaine francophone, le poète de la
libération par le jeu (accessoirement de mots), l'inconscient (collectif à lui
tout seul) de son temps, le grand-oncle de Sttellla. Voyage sur la crête des
mots, plongée dans leurs contradictions et aussi dans celles du poète, en perpétuelle
oscillation noir-blanc, recto-verso: L'écrivain est une errance perpétuelle
entre le blanc (le saint) et le noir (le porc), mais nous sommes tous issus de
la même animalité (J.P. Verheggen)
Verheggen
nous entretient des écrivains qu'il admire (Rimbaud, Artaud, Nietzsche, Perec),
de la science inexacte du jeu de mots et de la poésie naissant dans l'éclatement
du langage. Quelque fois, il se montre tendre, ainsi lorsqu'il établit un
rapport entre son écriture et la mort.
Commentaire
Dans
cette émission tonitruante, impossible à résumer, l'entretien et les
lectures se télescopent. Jean-Pierre Verheggen, ce torpilleur de la langue,
parle comme il écrit, même lorsqu'il tente d'adopter une position critique
plus conventionnelle (Il n'y a pas de métalangage critique). La nature des
questions l'y pousse. L'entretien prend ainsi la forme de variations métaphoriques
sur le thème du marbre et de l'écriture: le marbre et le poème, le marbre
et le jeu de mots, le marbre et Nietzsche, le marbre et Rimbaud.
Ce
reportage a été principalement tourné au cours d'un voyage en Italie à
destination de Carrare en compagnie de Jean-Pierre Verheggen. Les différentes
étapes ont été choisies pour leur rapport avec la littérature: le col du
Gothard (Rimbaud), le lac de Côme (Nietzsche), Pavie (Stendhal), La Spezia
(Shelley et Byron). Jean-Pierre Verheggen parle surtout de l'écriture et de la
langue. Il lit de nombreux extraits de ses textes, un texte de Rimbaud sur sa
traversée du Gothard, le poème Voyelles et un extrait de La disparition de
Georges Perec.
L'émission
débute à Carrare, par des cris puissants qui résonnent dans la carrière de
Golzinne où a été extrait le marbre de la piéta de Michel-Ange. Nous sommes
dans un film sur la pureté totale, nous annonce l'écrivain qui dit ensuite (ou
plutôt crie) un extrait d'Artaud Rimbur. L'écrivain se présente brièvement:
né à Mazy, le pays du marbre noir (le charbon), il a décidé de faire un
voyage jusqu'à Carrare, le pays du marbre blanc, d'où sa femme est originaire.
Devant
Le pavillon des passions humaines, sculpture monumentale de Jef Lambeau,
Verheggen compare le marbre sculpté à l'écriture. Dans le creusement du
marbre, il n'y a pas de représentation pour autant, insistante, lourde, mais
quelque chose qui apparaît, qui disparaît, qui revient.
Le
voyage
Depuis
le col du Gothard, Verheggen lit le texte que Rimbaud a écrit sur la traversée
de ce col. Artaud Rimbur est un livre, une mixture de deux fulgurances, Antonin
Artaud et Arthur Rimbaud. Jean-Pierre Verheggen explique qu'il a tenté
d'exprimer trois choses:
Premièrement,
il faut, avant de composer, se décomposer soi-même, faire mourir la pose
d'auteur que nous avons tous en nous, laisser exhiber le cadavre de l'auteur
avant d'écrire. Deuxièmement, il faut tenir compte de ce petit angoisson qu'on
a en nous, la part d'autocritique. Troisièmement, il faut parler et écrire
grand nègre, aller jusqu'à la langue la plus basse qu'on a en soi, la plus
interdite, de façon à élever la pensée.
Nous
voici à Côme: Nietzsche quitte la ville sous la pluie, va à Turin et perd la
raison, tout le monde l'abandonne. Je le prends en charge car la question de la
folie m'intéresse. (...) L'écriture est toujours au-delà des principes, comme
l'écrit Nietzsche, par-delà le bien et le mal. (Lecture d'un extrait de
Ninietzsch, peau d'chien).
C'est
en réalité dans la chartreuse de Pavie que Stendhal situe son roman La
chartreuse de Parme. Étape importante pour "notre" voyage car nous
avons la rencontre du marbre noir avec le marbre blanc.
Verheggen
fustige les maîtres à penser, les asséneurs de vérités, les détenteurs de
derniers arguments, je ne les blaire pas (...) parce que je suis un incroyant
radical. Verheggen cite à ce propos son livre Freud Astaire et lit un extrait
de Voilà les textes, Excès Homo.
Les
jeux de mots
Le
voyage est à présent terminé. Verheggen lit un extrait de La disparition de
Georges Perec, qui est pour lui un monument de littérature (Ce livre de 320
pages ne contient pas de "e"). Dans les nervures du marbre se joue son
destin: un jeu de mots est un peu comme un bloc de marbre, parfois il tient,
parfois il ne tient pas. C'est un jeu dans tous les sens du terme. On rate
beaucoup de jeux de mots. Parfois écrire c'est recopier, c'est plagier, c'est
prendre, c'est parfois plus fort que d'inventer.
Le
rire, l'écriture et la mort
Depuis
le cimetière du village, Verheggen explique le rapport qu'il établit entre son
écriture et la mort: Il y a sans doute un rapport entre le rire et le rictus
(qui représente la mort). Le côté carnavalesque de mon écriture renvoie
peut-être à ces civilisations, comme le Mexique, qui dévoraient leurs propres
squelettes sucrés, au moment de la fête des morts.
Mais
il y a beaucoup plus simple que cela. Je viens souvent me ressourcer au cimetière,
m'asseoir un quart d'heure, me requinquer, me repomper devant cette blancheur
qui me laisse la gorge pantelante d'émotion, et j'ai besoin de cela, de ce
quart d'heure-là, de regrimper dans le village et puis de continuer à écrire
mes choses, effectivement, apparemment grotesques, apparemment du côté du rire
seul, alors que moi-même je tremble, que j'ai peur, que je me demande comment
je vais mourir, non pas seulement moi, comment les autres que j'aime vont
mourir.
L'écrivain
revient sur les jeux de mots et à celui qui en joue; ceux-ci ont une fonction
de critique sociale et idéologique: Lorsque "My tailor is rich"
devient "Elisabeth a du pognon", ça fait rigoler mais c'est aussi une
critique. Quant à celui qui les fait, il est le bouffon de l'éternité, comme
Nietzsche qui cherchait à répondre à l'inquiétude de la vie.
La
poésie
Contre
la poésie traditionnelle, il faut faire éclater le langage, le conduire vers
sa fulgurance, l'en deçà de la communication. La poésie, c'est la langue de
l'oralité. La tradition poétique bien comprise est celle des Dogons et des
Pygmées avec leur cris et leurs stridences. (Lecture du poème de Rimbaud,
Voyelles)
L'avenir
des langues est au métissage, aux langues métèques, mélangées, langues
imparfaites, langues rimbaldiennes, car on pourra alors dire "Je est un nègre".
Comme l'homme primitif, il faut parler, il faut dire, il faut expulser, il faut
rageusement avoir envie de vivre pour repousser la mort. (Lecture de Pour
l'amour d'un porc, texte extrait de Pubères, putains, 1985)
L'émission
se termine par une réflexion sur la répétition qui, pour l'écrivain, est
prohibée: Le poivrot répète toujours la même chose, l'écrivain n'est jamais
saoul.
Captations
théâtrales disponibles aux Archives et Musée de la Littérature
Jean-Pierre
Verheggen, Artaud Rimbur, mise en scène Robert Lemaire - Théâtre poème -
1991.
Jean-Pierre
Verheggen, Stabat Mater, mise en scène Daniel Simon - Maison de la culture de
Mons - 1992.
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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