sur les écrivains belges de langue française

_____________________________________________________________________________

François Weyergans (1941)

François Weyergans: du pitre au fakir

TA9781

Production: R.T.B.F. En Toutes Lettres - 1993 - Réalisation: Guy Lejeune, Marianne Sluszny - Durée: 50' - Couleur

François Weyergans est un homme de lettres mais aussi un homme d'images et de théâtre. Réalisateur de plusieurs films documentaires sur l'art et de trois longs métrages de fiction, le dernier, Couleur chair est toujours inédit. Il a mis en scène en 1970 l'opéra de Wagner Tristan und Isolde.

Dans ce reportage tourné chez lui à Paris, François Weyergans retrace les événements décisifs de son parcours artistique, la découverte de Webern et les rencontres avec Ramuz et Giacometti. Il commente ses films et plusieurs de ses livres: Le fakir, Le pitre, Le radeau de la Méduse, Picasso dit, Je suis un écrivain, La démence du boxeur. Il discute du rôle de la télévision, de son évolution et de son rapport au cinéma. Il décrit aussi les milieux de l'édition.

Revenant sur la diversité de son oeuvre, il oppose le travail solitaire de l'écriture d'un livre et le travail collectif de la réalisation d'un film.

Commentaire

    Dans ce reportage tonique, voire nerveux, l'écrivain s'exprime avec une désinvolture érudite, refusant toute hiérarchie entre les événements racontés. Il utilise à plusieurs reprises des termes cinématographiques pour parler de ses livres, réagit au visionnement de plusieurs de ses interviews, comparant aussi bien l'évolution de son comportement face à la caméra que celle de l'audiovisuel en général.

    Ce n'est donc pas une synthèse que ce document propose mais le témoignage d'un écrivain à un moment particulier de sa carrière. Une synthèse semblerait d'ailleurs contraire à l'esprit même dans lequel Weyergans conçoit son oeuvre. La forme du document est ainsi adaptée à son sujet.

    Le reportage utilise diverses techniques cinématographiques: le plan fixe, la caméra portée, l'ouverture et la fermeture au noir ou au blanc. Dans le quatrième volet, on voit l'unique apparition de la journaliste qui l'interroge. Et dans le neuvième, la voix d'un technicien et la mise en place de la caméra ont été conservées.

    Le son est le plus souvent direct. Pas de commentaire off. Des fragments musicaux très brefs (Stravinsky, Webern, la musique des films de Hitchcock, musiques ethniques) doublent la parole de l'auteur, rappelant la diversité de son activité artistique et de ses connaissances.

    (Des extraits de documents d'archives: R.T.B.F. Arts en liberté - 1992; R.T.B.F.; L'homme du moi, M. Beerblock - 1967; R.T.B.F. Carrefours - 1986; B.R.T. Het gerucht; Apostrophes)

    Le générique énumère les oeuvres de François Weyergans, ses films et ses livres. Le film est composé de neuf volets annoncés par un intertitre noir sur fond blanc. Ils sont entrecoupés par la lecture d'extraits de romans dont la couverture est visible à l'écran.

1. Le fakir

Le fakir est sur le point de paraître au moment du tournage de ce reportage. Dans ce livre relativement autobiographique, l'écrivain traite le "je" comme un personnage soumis au même déterminisme. Le but du livre est aussi de montrer ce qui se passe, en peu de temps, dans la tête. Le titre fait référence au plaisir bizarre qu'un fakir peut éprouver au cours des actes qu'il réalise.

2. Jeunesse - Genèse

Son père qui est écrivain, lui permet de baigner dans une atmosphère où crépitait continuellement une machine à écrire. Une Soeur de l'école lui fait découvrir le plaisir d'écrire mais sa vocation lui vient des lettres qu'il écrit à sa grand-mère. En l'encouragent à continuer, elle sera son premier critique littéraire.

3. Images

Il vit sa première expérience visuelle en Provence. Pendant la sieste, il observe, par les fentes des volets, l'ombre de ses parents sur la terrasse qui se reflète sur le plafond. Sans le savoir, il est confronté au phénomène produit par la Camera obscura, ancêtre du cinématographe.

Weyergans découvre Webern en 1960 et s'identifie au style du compositeur qu'il caractérise par cette formule: resserrer tout. Ramuz, en 1964, lui donne l'envie de réaliser des films (ce sera Aline d'après Ramuz en 1965).

4. Alberto Giacometti

Métilde Weyergans lit des extraits d'un texte de Giacometti (Écrits): Il m'est tout à fait impossible de modeler, peindre ou dessiner une tête telle que je la vois. Et pourtant, c'est la seule chose que j'essaye de faire. Tout ce que je pourrais faire ne sera jamais qu'une pâle image de ce que je vois. Et ma réussite sera toujours en-dessous de mon échec. Ou peut-être la réussite toujours égale à l'échec.

Weyergans parle de sa dette envers Giacometti - Quelqu'un sans qui je ne ferais pas ce que je fais - et raconte ses rencontres avec le sculpteur.

Weyergans critique l'évolution de la télévision et son comportement devant les caméras. Il ajoute être devenu un professionnel des médias depuis ses premières interventions. (Extraits des émissions L'homme du moi en 1967 et Carrefours en 1986)

Weyergans commente quelques-uns de ses livres: Je suis un écrivain (1989), Le pitre (1973), Le radeau de la Méduse (1983). (Images du cimetière du Père Lachaise où repose Géricault)

5. Télévision - Cinéma

Dans son salon, la télévision est posée sur les bobines de ses films, symbole de la télévision écrasant le cinéma même si elle lui fait croire qu'elle lui veut du bien. Ce n'est qu'un des épisodes du combat millénaire entre l'art et l'argent. La démence du boxeur (1992) décrit un peu la mort du cinéma.

6. Après l'écriture

Weyergans critique la nécessité, pour l'écrivain, de se vendre en participant à la promotion de ses livres sous le couvert d'une prétendue rencontre entre l'auteur et son public. La télévision est devenue aujourd'hui, pour lui, la grande prêtresse de tous les discours. (Extrait d'Apostrophes)

7. Picasso

Le musée Picasso, à Paris, est l'endroit où il va consulter Picasso comme on va voir un médecin en cas de problème de page blanche. Une toile l'impressionne particulièrement, qui lui rappelle sa pièce de travail, avec, au centre, un carré blanc mystérieux qu'il associe à la page blanche. (Lecture par Métilde Weyergans d'un extrait de Picasso dit)

8. L'oeuvre

Weyergans compare son oeuvre à une rue composée de magasins différents. L'unité des thèmes ou l'unité du style l'intéressent moins que les risques qu'il prend avant chaque nouvelle oeuvre littéraire ou cinématographique.

Le travail de l'écriture d'un livre et celle d'un film diffèrent sur un point important: le texte d'un livre s'écrit seul, il peut être raturé, abandonné momentanément sans conséquences pour l'oeuvre terminée. Le film, à la différence du livre, n'appartient pas à "l'auteur"; c'est un travail collectif qui engage du temps et de l'argent. Pour cette raison, le cinéma n'est pas, pour Weyergans, un art au sens ancien du mot.

Des raisons de cet ordre expliquent, en partie, le fait que Couleur chair, (1978) son troisième long métrage avec Laurent Terzieff, Denis Hopper et Jorge Donn est toujours inédit.

9. Dernier Clap

Weyergans nous montre son bureau encombré de livres. C'est dans cette pièce qu'il termine les romans qu'il a commencés le plus souvent à l'étranger.

Liens avec d'autres documents

De Zola à Sulitzer, R.T.B.F., Télévision scolaire - TA2901. Cette émission aborde le rapport de l'écrivain à l'édition.

_____________________________________________________________________________

(c) La Médiathèque, 2002 - 2006