sur les écrivains belges de langue française

_____________________________________________________________________________

Paul Willems (1912)

Il pleut dans ma maison

Production: Sofidoc, Pierre Levie - Réalisation: Pierre Laroche - avec Marcella Saint-Amant, Frédéric Latin, Hélène Dieudonné, Lucien Charbonnier - 1969

VI 3840 - Durée: 80'- Couleur

Si autrefois devient aujourd'hui sans cesser d'être autrefois. Que diriez-vous si vous vous rendiez compte brusquement que vous vous êtes trompés de direction? Si les yeux des filles changent de couleur, si les chansons changent de voix? J'aimerais tant que rien ne change et que le temps s'arrête.

Ce film, adapté de l'oeuvre homonyme de Paul Willems, est baigné d'une atmosphère poétique dans laquelle les personnages ne vivent pas ensemble mais rêvent ensemble.

Herman est amoureux de Madeleine. Celle-ci, qui vient d'hériter d'une propriété, lui demande de l'aider à la transformer en auberge de luxe. Mais sitôt arrivés, les surprises se multiplient. Le temps semble s'être arrêté cinquante ans plus tôt. Georges, le fiancé de sa tante, qui s'est tué pour elle, fait la cour à Madeleine. Herman est jaloux. Alors s'engagent des situations irréelles et parfois burlesques où le présent rencontre le passé.

Commentaire

Le thème du film est - bien entendu - le temps; c'est aussi celui d'une certaine "réalité du rêve", que Paul Willems nous a expliquée dans l'émission Reflets d'une vie (SW 7454). Mais, à travers la rencontre du passé et du présent, affleure aussi une critique de la modernité.

A un passé nostalgique s'oppose la jeune société de consommation (le film a été tourné en 1969). Les ordinateurs crépitent encore, inspirant aux compositeurs quelques sons électroniques. L'informatique, par sa rigueur mathématique, doit résoudre tous nos problèmes, "statistiquement parlant", phrase leitmotiv d'Herman. Et en particulier celui de Madeleine: transformer une vieille maison en une auberge qui correspondra aux besoins de la future société des loisirs.

La musique est de Nino Ferrer. Le film a un peu souffert du temps. Certaines scènes apparaissent figées, les Images sont parfois saccadées et vieillies. Mais la poésie reste bien présente malgré les défauts techniques.

Découpage

Herman, qui est probablement informaticien et certainement un homme maladroit, est amoureux de Madeleine. Celle-ci travaille dans la haute couture et vient d'hériter, de sa tante, une propriété qu'elle veut transformer en auberge moderne. Nous sommes à Bruxelles, à deux pas de l'Atomium, symbole de la science triomphante. Madeleine change tout le temps sa coiffure ou la couleur de ses yeux.

Elle fait appel à Herman pour ses connaissances en informatique. L'ordinateur jouit d'un prestige considérable, il crépite et crache ses listings, il doit résoudre tous nos problèmes de société, "statistiquement parlant".

Minute 24: Arrivés dans la propriété, à Grand Rosières, ils rencontrent un jeune couple d'allure romantique, et un couple de vieux serviteurs qui seront pour nous la mémoire de cette maison. La végétation a envahi l'intérieur et les meubles ont disparu. Mais Madeleine a, avec elle, toute sa garde-robe et sa trousse de maquillage.

Minute 32: Madeleine explore le grenier et découvre des photos anciennes. Elle apprend que le fiancé de sa tante, Georges, s'est tué pour elle. La vieille gardienne raconte aussi ce passé.

Minute 40: A peine la mort de Georges est-elle évoquée, que celui-ci apparaît devant Madeleine. Ils se regardent. Georges demande sa main à Madeleine. Elle lui dit qu'il est fou.

Minute 48: Georges rencontre Herman qui, lui, a poursuivi l'investigation de la maison, non sans quelques péripéties burlesques. La jalousie s'installe lorsque Herman découvre le couple. Madeleine et Georges s'enfuient en voiture ancienne.

Minute 57: Accident de voiture de Georges et de Madeleine. Celui-ci déclare à nouveau son amour, mais prend conscience, peut-être à travers les transformations de Madeleine (la couleur des yeux), de ce qui les sépare: le temps.

Si autrefois devient aujourd'hui sans cesser d'être autrefois. Que diriez-vous si vous vous rendiez compte brusquement que vous vous êtes trompés de direction. Si les yeux des filles changent de couleur, si les chansons changent de voix. J'aimerais tant que rien de change et que le temps s'arrête.

Madeleine explique à Georges la raison initiale de sa présence à Grand Rosières. Mais maintenant elle veut vendre la propriété. Georges décide alors de l'acheter et signe le contrat.

Minute 64: Il pleut dans la maison et le contrat devient rapidement illisible. Dans la chambre de Madeleine, dans laquelle des parapluies retournés ont été disposés, Georges avoue qu'il est mort. Madeleine s'enfuit. Georges disparaît sous un drap blanc, comme par enchantement, comme un fantôme.

Captations théâtrales disponibles aux Archives et Musée de la Littérature:

Paul Willems, La Vita breve- Mise en scène: Henri Ronse - NTB au Résidence Palace - 1991

Paul Willems, Elle disait dormir pour mourir - Mise en scène: Frédéric Dussenne - Rideau de Bruxelles - 1992

_____________________________________________________________________________

(c) La Médiathèque, 2002 - 2006