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Collection Bruno Mersch

Collection Bruno Mersch

Créer une Collection Bruno Mersch à La Médiathèque, c’était tout simplement donner un prolongement à ce que la fondation éponyme a voulu, jusqu’en 2007, réaliser avec Le Prix biennal Bruno Mersch. Ce prix a « récompensé » chaque année pendant seize ans un film documentaire de création, de court ou de moyen métrage, dans le cadre du festival « Filmer à tout Prix ». Les critères de choix étaient la liberté créatrice, le non-conformisme, et, plus généreusement, la puissance de conciliation.

C’est en écho de ces valeurs que La Médiathèque, avec le soutien de la Fondation, a rassemblé un nombre important de documentaires audiovisuels pour constituer une Collection Bruno Mersch dont les thèmes sont l’engagement, la marginalité, la maladie, les inégalités, la justice, l’homosexualité et d’autres encore, autant de portes d’entrée vers la remise en question, la réflexion, la recherche de solutions.  

Mais qui était Bruno Mersch ? Nul ne pourrait mieux en parler que ses proches, et c’est l’un d’eux qui nous fait ci-après le portrait d’un personnage dont beaucoup, à la lecture de ce témoignage vibrant, regretteront de n’avoir pu le rencontrer.

« Bruno Mersch (1954-1990) n’était pas un créateur : il n’a pas laissé de grandes œuvres, dans aucun art. Ni un critique : il analysait peu ce dont il parlait, exprimant seulement son enthousiasme. Ni un leader, encore moins un chef : quoiqu’il ait été de tous les combats de l’époque contre les pesanteurs sociales, éthiques ou esthétiques, et que, dans ces trois domaines, il ait partagé des initiatives originales et audacieuses, il n’avait pas le goût d’y jamais tenir le premier rôle. Par une conséquence dont il ne s’étonnait pas, il n’eut donc, sa vie durant, aucun ennemi. Entendez par là - surtout - que la bienveillance qui le constituait donnait à ceux qui croisaient sa route l’impression qu’ils étaient eux-mêmes bons.

Rejoint et emporté, à trente-six ans, par le fléau de son temps, Bruno Mersch aurait donc pu ne laisser qu’un souvenir mélancolique. C’est autre chose qui s’est passé. Sa disparition a été ressentie par plusieurs comme un outrage insupportable ; à quoi ? A l’équilibre de la vie sociale, à la douceur du monde, à la justice des rapports humains. Et ses proches de se demandercomment cerner le mystère de cette existence brève, discrète, et, d’évidence, magnifique. Et bientôt, comment lui donner une deuxième vie.

Il fallut quelque temps pour s’accorder sur ce qui rendait cet homme si important, tant les paradoxes étaient forts. Tout le monde s’accordait sur son humanité, sa générosité, son admiration de ce qui se crée hardiment, surtout en matière artistique. Son mémoire de fin d’études à l’Ihecs s’intéressait avec fraternité à ceux qu’il appelait des marginalisés, et non pas des marginaux. Mais enfin, lui était très intégré socialement; et s’il tint longtemps, le soir, une permanence bénévole régulière dans le café social d’une rue turco-arabe de Schaerbeek, il eut aussi le front, pour réaliser un audiovisuel sur les tatouages, de pénétrer, avec innocence, au Ministère de l’Intérieur place Beauvau à Paris : il y nouera un contact - qui se maintiendra des années - avec le meilleur spécialiste de l’art de la scarification, par ailleurs commissaire de police, et alors puissant chez le Ministre de Giscard. Que d’oppositions harmonisées en lui ! En fait, le secret de cet homme différent était sa capacité d’accueillir ce qui n’était pas lui, son art de la rencontre improbable, sa confiance naturelle dans la civilité. Cette harmonie des altérités, voire des contraires, toujours cherchée et voulue, avec la fécondité créatrice qui la cause ou qui en découle, voilà ce qu’on ne pouvait pas ne pas ressentir.

Il avait fait son service civil à la Médiathèque de la Communauté française et il y est ensuite immédiatement engagé. Il y devient conseiller d’achat. Comme les autres employés, il y bénéficie d’une assurance groupe. Peu après sa mort, son compagnon et légataire, sa famille, et ses employeurs et collègues, s’associent pour constituer un fonds destiné à poursuivre ses idéaux tels qu’ils viennent d’être esquissés, en insistant sur un point : la valorisation de la culture audiovisuelle, avec sa capacité à dire ce qui, sans elle, ne serait pas dit. Que les minorités s’expriment, ou, au moins, que l’on s’exprime sur elles qu’on écoute peu ! Qu’une convivialité s’installe où les différences soient bienvenues, où il y ait plusieurs styles de vie, divers genres de beautés, égal intérêt pour des réussites conformes et non-conformes ! Pour que le neuf soit vraiment neuf, et non d’abord calqué sur l’ancien ; et que la jeunesse ait pouvoir, sinon de refaire le monde, au moins de s’en faire une meilleure image. »

Découvrez la liste complète des 255 titres de la collection :