Aujourd'hui, les femmes occupent dans la vie musicale une
place qu'on ne peut plus ni passer sous silence, ni minimiser,
ni juger dilettante ou énigmatique. Elles font, en ce début
de XXIe siècle, tout naturellement partie prenante
des concerts d'avant-garde. Il suffit pour s'en persuader
de remarquer la présence lors d'un festival de musique contemporaine
comme Ars Musica de Betsy Jolas, Sofia Goubaïdulina, Kaija
Saariaho,... Il est un fait que de nombreuses créations,
considérées comme révolutionnaires et innovatrices dans
la nouvelle musique, sont l'oeuvre de femmes ! Il n'en a
pas toujours été de même, loin s'en faut.
Alors que les femmes de lettres, les poétesses sont connues
depuis les temps les plus reculés, les compositrices, à
de rares exceptions près et pas nécessairement à ce titre
là (femmes troubadours, Hildegard von Bingen, Alma Mahler...)
restent dans l'ombre. En effet, tout le monde connaît Madame
de Sévigné. Qui connaît Elisabeth Jacquet de la Guerre,
compositrice hardie qu'applaudissait le Roi Louis XIV ?
Toutes deux ont évolué et brillé au même siècle.
L'absence des femmes se vérifie, en général, dans le monde
artistique et scientifique : que ce soit en musique, en
sculpture (Camille Claudel mise à part), en architecture,
en philosophie, en biologie, en physique (hormis Marie Curie),
en médecine, ou encore, dans l'histoire des découvertes
géographiques, de l'exploration, des inventions... Mais
revenons au sujet qui nous occupe.
Pourquoi cette division sexiste du travail musical ? Pourquoi
avoir réservé aux hommes la création, la composition et
la direction d'orchestre et avoir cantonné les femmes dans
le rôle de "servantes" de la musique, qu'elles
soient joueuses d'épinette en famille, cantatrices ou "demoiselles"
professeurs de piano ? La compositrice passe pour une exception,
une erreur de la nature, d'où cette citation du Dr Johnson
Samuel, linguiste anglais du XVIIIe siècle : "Une femme
qui compose, c'est un peu comme un chien qui marche sur
ses pattes de derrière. Ce qu'il fait n'est pas bien fait,
mais vous êtes surpris de le voir faire".
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