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L'âge d'or de la mélodie nordique
La période correspondant en gros au premier tiers du 20e siècle
vit œuvrer en Europe septentrionale – en sus de Nielsen et Sibelius -
plusieurs mélodistes de qualité. On se trouve à l’époque où le modèle du
lied allemand (et l’influence de Wagner, dont le Parsifal est perceptible
par exemple chez le jeune Stenhammar) se tempère d’autres influences, à
commencer par l’impressionnisme français.
Le genre fleurit avant tout en Suède, avec, comme figures majeures,
Stenhammar, Rangström, Peterson-Berger, von Koch et Nystroem.
Avec Berwald,
Wilhelm Stenhammar(1) est sans
doute le meilleur compositeur suédois avant l’époque contemporaine.
Pianiste renommé et chambriste confirmé, il consacra une part de son
inspiration – avec beaucoup de talent - à la mélodie. Capable d’équilibrer
rigueur de construction et inspiration, introspection et spontanéité, il
laisse une soixantaine de mélodies de climats variés, avec très peu de
faiblesses.
Sa production mélodique, comme le reste de son œuvre, n’a pourtant
toujours pas trouvé place dans le répertoire international. Ce qui, pour
la meilleure part d’entre elle comme pour celle de Rangström, est
regrettable.
Ture Rangström, auteur de quelque 250 mélodies, est à l’époque moderne
un exemple rare de compositeur
doté d'une authentique formation
personnelle de chanteur. Ce bagage eut une influence extrêmement positive
sur la construction de ses mélodies. Egalement doué pour la littérature,
il sut choisir ses textes et leur donner une intense vie musicale. Il
utilisa les poètes suédois Bo Bergman et Fröding comme Stenhammar, mais
aussi Strindberg.
Wilhelm Peterson-Berger est sans doute le plus « scandinave » du
groupe et le plus proche du fond traditionnel, sans être un folkloriste.
Si sa production n’a pas la rigueur musicale de Stenhammar ou la force
expressive de Rangström, elle a généralement un grand charme. Comme chez
Gösta Nystroem (celui-ci complètement fasciné par la mer et très
marqué par l’impressionnisme), la nature y tient une place considérable.
De
Sigurd von Koch - connu seulement par quelques mélodies d’indiscutable
qualité enregistrées par Anne Sofie von Otter – nous savons à ce jour peu
de choses…
Il faut encore citer
Hugo Alfvén. Plus connu pour son œuvre orchestrale, il fut la cible
des attaques… du critique Peterson-Berger, sans doute jaloux d’un «métier»
de compositeur supérieur au sien qui permettait à son rival de séduire le
public sans apporter toujours à cet exercice une extrême profondeur.
Au Danemark, les élèves de Carl Nielsen, comme écrasés par la personnalité
du maître, ne sont pas vraiment sortis de son ombre pour s’exprimer avec
une grande force d’originalité. Sont pourtant dignes d’attention le
discret
Poul Schierbeck et la compositrice Nancy Dalberg qui travailla de
manière très étroite avec Nielsen.
Dalberg s’inscrivait dans une tradition d’accès des femmes au statut de
compositeur où l’Europe septentrionale a fait figure de précurseur et
continue à posséder une large avance sur nous. Dans l’histoire de la
mélodie, elle a été précédée par la pianiste norvégienne
Agathe Backer-Grøndahl (pianiste dont la production mélodique resta
plutôt conventionnelle) et la Danoise Hilda Sehested. Elle sera notamment
suivie par les Norvégiennes Pauline Hall (forte personnalité surtout
attachée à la musique instrumentale) et Anne-Marie Ørbeck. Et, de nos
jours, entre autres par la Finnoise
Kaja Saariaho, compositrice de stature internationale.
En Norvège,
Eyvind Alnæs,
Sigurd Lie (mort jeune) et
David Monrad Johansen s’inscrivent dans la tradition nationale et
l’héritage de Grieg. S’ils utilisent de manière agréable un langage
musical typique du romantisme tardif, il en va autrement de
Fartein Valen, compositeur dont le modernisme proche de l’Ecole de
Vienne fut d’autant plus mal reçu en Norvège que son inspiration était
plutôt marquée par une grande rigueur.
En Finlande, citons
Leevi Madetoja, bon mélodiste dont l’œuvre trahit d’évidentes leçons
de l’impressionnisme français.
Un choix discographique
Pour l’essentiel :
-
Wilhelm Stenhammar est une terre d’élection pour l’intelligence de A.
S. von Otter. Elle apparaît sur deux CD, l’un en couplage avec
Håkan Hagegård ( A. S. von Otter + Forsberg / H. Hagegard + Th. Schuback MUSICA SVECIAE MSCD
623 -
cote Médiathèque : ES6435), l’autre étant sa bien connue anthologie nordique A.
S. von Otter +
Forsberg DGG 449 189-2 -
cote Médiathèque : GC4387 .
-
Autre interprète de grande qualité : le très prometteur baryton suédois
Peter Mattei. Avec piano : P. Mattei + Lundin BIS CD-654
-
cote Médiathèque : ES6427 et avec orchestre
: P. Mattei + Järvi BIS CD-550 -
cote Médiathèque : ES6410
-
Irremplaçable dans quelques mélodies : E. Söderström + Westerberg / Eyron
Swedish Society SCD 1017 -
cote Médiathèque : GC3812
-
Ture Rangström demande avant tout de grandes qualités d’expression. On
écoutera ici aussi A. S. von Otter ( A.
S. von Otter + Forsberg DGG 449 189-2
-
cote Médiathèque : GC4387), occasion de découvrir par ailleurs
l’inconnu Sigurd von Koch.
-
Autres points forts : le baryton finlandais Walton Grönroos (W. Grönroos +
Gothoni BIS CD 43 -
cote Médiathèque : EK5183 ), Elisabeth Söderström (E. Söderström + Westerberg /
Eyron Swedish Society SCD 1017 -
cote Médiathèque : GC3812 ) et Solveig Kringelborn (S. Kringelborn +
Martineau Virgin 7243 5 45273 2 6 -
cote Médiathèque : DG8964 )
-
La fraîcheur de Wilhelm Peterson-Berger est servie au
mieux par les mêmes
interprètes : A. S. von Otter (A.
S. von Otter + Forsberg DGG 449 189-2
-
cote Médiathèque : GC4387 et A.
S.
von Otter + Kölher Musica Sveciae MSCD 630 -
cote Médiathèque : EP4432 ) et Elisabeth Söderström (E.
Söderström + Westerberg / Eyron Swedish Society SCD 1017
-
cote Médiathèque : GC3812 ) auxquelles on
joindra Randi Stene ( R. Stene + Kehring SIMAX 1145 )
-
Pour Gösta Nystroem, il existe notamment un très bel enregistrement avec
la grande mezzo Birgit Finnilä, accompagnée par un maître absolu du genre
: B. Finnilä + Parsons BIS CD 38. Il s’agit d’un CD remarquable où l’on
retrouve encore Nystroem avec la très intelligente Märta Schéle, mais
aussi les compositeurs Rosenberg, Lidholm, Hallnäs, Werle…
-
Fartein Valen est à découvrir au travers de Dorothy Dorow, chanteuse
anglaise à la voix très particulière, ayant évolué dans l’entourage de
Alfred Deller mais aussi très liée au monde musical scandinave : D.
Dorow +
Caridis Simax PSC 3115
Pour les plus curieux :
-
Poul Schierbeck est servi au mieux par le joli soprano de Henriette Bonde
– Hansen ( H. Bonde-Hansen + Stubbe Telgbjaerg Marco Polo 8.224017
-
cote Médiathèque : ES1462 )
-
Nancy Dalberg se retrouve sur un CD du baryton danois Lars Thodberg
Bertelsen consacré à divers élèves de Carl Nielsen (avec entre autres
Schierbeck, Hilda Sehested, Jørgen Bentzon…) : L. Thodberg Bertelsen +
Lonskøv Danacord DACOCD 472
-
Eyvind Alnæs a fait l’objet d’un CD soigné du bon soprano norvégien Bodil
Arnesen ( B. Arnesen + Eriksen Simax PSC 1110 )
-
Pour David Monrad Johansen, écouter la voix prenante de la très méconnue
mezzo Edith Tallaug dans des mélodies couplées à l’intéressante cantate Voluspå ) ( M. Hirsti / T. Kruse / C. Stabell + Hegstad / E. Thallaug +
Levin NIM CDN 31004 -
cote Médiathèque : EM8024 )
-
Pour Leevi Madetoja : Taru Valjakka, une interprète à découvrir ! ( T.
Valjakka + Gothoni BIS CD 88 -
cote Médiathèque : EA4338 ).
(1)
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